‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 220 sur 512 · ME A · texte numérisé non relu

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Prénoms ossianiques 461

noms de baptème aux grisettes et aux coiffeurs ! ». Autrement dit, les prénoms ossianiques étaient fashionables vers 4800 ; ils devinrent vulgaires une génération après. C’est assez dans l’ordre. Chacun de nous, au reste, au cours de ses lectures ou en faisant appel à ses souvenirs d’enfance, fera émerger de l’oubli quelque Oscar ou quelque Malvina. Le plus célèbre Oscar fut le fils de Bernadotte, né en 1799. On a dit que le nom de l’enfant avait facilité au père l'accès au trône de Suède ; cependant la biographie la plus complète ne mentionne aucun enthousiasme de cette sorte *, On connaît, par George Sand, son neveu Oscar Cazamajou ; la science apprécie les travaux d’Ossian Bonnet, et Paris doit un passage à Ossian Verdeau. Il y a surtout des Oscar dans bien des familles, Quant à Témora, qui est un nom de ville, je crois qu'on en trouverait peu d'exemples. Les plus âgés de ceux qu’on baptisait ainsi en Ossian tenaient leurs noms de la lecture directe et d’une admiration personnelle des poèmes du Barde. Puis sont venus les imitateurs, domestiques, fournisseurs, clients, qui ont trouvé ces noms très bien portés et les ont fait changer d'étage ; il faut y joindre tous les enfants qui ont reçu sans plus ample informé les noms de leurs parrains, et ne pas oublier les influences littéraires du second degré : beaucoup de petites Malvina ont dû leur nom au roman de M°° Cottin ; d’autres, peut-être, à la Malvina de Scribe (1829). Les Malvina et les Oscar ne sont pas rares dans les romans de la Restauration et de la période suivante : il faut y Joindre le Tremnor de George Sand dans Lélia (1834) et le Ryno de Barbey d’Aurévilly dans Une vieille Maitresse (1851). Mais n'a-t-on pas été s’imaginer que Lamartine avait pris à Ossian le nom d’Elvire, ou plutôt transformé ainsi le nom d’Evirallin, fille de Branno et femme souvent regrettée du vieux Barde : ? Or Elvire, nom espagnol, se trouve dans le Cid ; Lamartine a pu également le rencontrer dans Lebrun ‘ et dans une chanson de Beaumarchais *.

1. Taine, Histoire de la Littérature anglaise, IV, 226. . Histoire de Charles XIV, 1838, Il, 224.

. Léon Séché, L’Elvire de Lamartine, p. 161.

. Œuvres de Lebrun, III. 406.

. Almanach Litléraire, 1780, p. 57.

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Au cours de recherches d’un ordre plus général sur l’influence de la littérature sur les prénoms, j’ai pu rencontrer quelques exemples de noms ossianiques. Une enquête faite aux archives de l’état-civil de Fontainebleau ne m’a fourni, pour la période 1762-1819, soit pendant cinquante-huit ans, sur environ 28.000 prénoms, aucun nom ossianique. Par contre, la période 1820-1848, soit vingt-neuf ans, m'a fourni, sur un total de 14.000 prénoms environ, les résultats suivants :

& Oscar (1823, 1825, 1830, 1836).

2 Malvina (1826, 1845).

Ce n’est guère, et ces deux noms sont perdus parmi les Paméla, les Athalie, les Zaïre, les Atalide, les Télémaque, les Amynte, et autres curiosités que j’ai relevées dans cette ville. Remarquons surtout la date tardive où apparaissent ces noms ossianiques : il y a là probablement une influence du second degré. L’un des Oscar est le fils d’un peintre, et il a pour parrain Abel de Pujol ; mais l’une des Malvina est la fille d’un tailleur d’habits. En somme, les seuls noms ossianiques bien usités sont Ossian, Oscar, Malvina. Pendant que j'écris ces lignes, je rencontre dans une nouvelle publiée par un journal quotidien une Ossianne qui est une survivance quelque peu inattendue en 1914.

On peut avoir lu Ossian sans le citer. La plus sûre marque en est dans certaines habitudes de style. Il y a des expressions particulières qui viennent de lui sans aucun doute possible, et qui d’ailleurs, trop étranges, trop locales, ne sont pas restées dans la langue poétique. La plus commune est celle qu’on trouve dans Chénedollé ‘, dans Pierre Lebrun *: fils de l'harmonie, enfants de l'harmonie, pour désigner des poètes. Lorsque l'ombre de Brennus exhorte Bonaparte à quitter l'Egypte pour rentrer en France, elle

112 Œuvres de Chénedollé, p. 99: Le Génie de l’Homme,chant III. 2. Œuvres de Pierre Lebrun, LV, 62: La Campagne de 1807, ode.

Influences ossianiques sur la poésie 463

se conforme à son caractère celtique en parlant de barde, de harpes et de météore “. À défaut de semblables expressions, l’ossianiste se reconnait aux ombres des morts aimés qu’il place dans les nuages errants. Le sujet des Scandinaves, poème de Chérade-Montbron, n’est pas ossianique : l’auteur se contente de prendre à Ossian son épouse Evirallina pour la placer dans son poème ; mais il lui emprunte aussi cette nouvelle forme de merveilleux : « Quelles voix aériennes se mêlent au mugissement des vents * ? » Le Mercure lui reproche d’avoir « voulu quelquefois ossianiser », car « ces demi-hardiesses ne contentent personne, pas même les adorateurs &’Ossien * ». Castel ossianise dans la forêt de Fontainebleau, où 1l s'inspire de ruines qui sont peut-être celles de Franchard :

O nuit mélancolique ! Ineffables moments,

Où seul et recueilli parmi ces monuments,

Aux rayons de la lune errants sur leurs décombres Je crus de mes amis reconnaitre les ombres!

Je leur tendais les bras, et je sentais mes yeux S'emplir en les voyant de pleurs délicieux #.

Par contre, on chercherait en vain des traces de vraie inspiration ossianique dans deux des poètes les plus notoires de l’époque. Chêénedollé, rêveur et volontiers mélancolique, n'ossienise que par quelques expressions, et se contente de s'intéresser une fois aux Scaldes *. Subit-il l'influence anti-ossianique de Fontanes à présent converti? Je ne crois pas non plus qu'il y ait lieu de parler de l’ossianisme de Millevoye. Sans doute, on peut penser à Ossian en lisant l’invocation d’A/fred :

1. Coupigny, Dernières Romances, p. 37: L'Ombre de Brennus, ode (1800).

2. Chérade-Montbron, Les Scandinaves, 1801, p. 3, 27, 338, etc.

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