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CHAPITRE II

L'Ossian de Baour-Lormian

I. Baour-Lormian. Sa vie et sa carrière poétique. Son caractère. Son , attitude dans la bataille romantique. Ses dernières années.

Il. Sa période ossianique. Ses essais. Son jugement sur ses prédécesseurs. Traces d’ossianisme dans ses poésies postérieures.Son Chant gallique et sa Fête d’Oscar.

III. Les Poésies Galliques. Editions. Discours préliminaire. — Le Tourneur base unique du travail de Baour. Liste des vingt-trois poèmes avec indication de leur origine, Ce que Baour donne d’Ossian. Les quatre poèmes nouveaux des éditions postérieures. Deux morceaux importants complètement refondus.— Comment Baour abrège Le Tourneur. Raisons de ces suppressions. Ingénieuse ordonnance du volume.

IV. Valeur de la traduction : exemples. Le style. La versification.

V. Jugements contemporains. La traduction. On félicite Baour d’avoir abrégé Ossian. Le style et la versification. Appréciations générales et succès. Influence sur les contemporains et sur les Romantiques.

Ossian se trouve à la mode justement à l’époque où d’intrépides versificateurs abordent indifféremment tous les genres, où se multiplient les traductions en vers, où toutes les pensées, tous les tableaux.indigènes ou étrangers, revêtent bon gré mal gré la livrée de l’alexandrin classique. Plusieurs de ces versificateurs s’attaquent donc à Ossian, avec l'intention de le traduire tout entier, ou à peu près. Un seul y réussit, le plus habile et le plus heureux de tous. L’Ossian de Baour-Lormian dérive de la mode ossianique, et en même temps la développe et l’enrichit. Il incarne par son caractère et son succès l’apogée de l’ossianisme français, comme celui de Le Tourneur était le point de départ de sa diffusion.

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On trouvera quelques détails biographiques sur Baour- Lormian dans l’article d'Hippolyte Rigault ‘ et dans le dis- Cours de réception de Ponsard ?, qui lui succéda à l’Académie française. Rigault a de l’esprit, mais iln’est pas toujours bien informé; Ponsard est retenu par les convenances académiques. Tous deux d’ailleurs devaient du respect à une tombe à peine fermée; et celui qu'ils avaient peut-être aperçu, celui que quelques-uns de leurs contemporains avaient connu, c'était l’académicien oublié, le poète aveugle qui

avait prolongé jusqu'à quatre-vingt-trois ans, dans sa retraite des Batignolles, une vieillesse studieuse, pauvre et respectable. Mais il faut compléter leurs indications par les témoignages de détail qui Jaillissent de toutes parts quand on parcourt en tous sens la littérature du Consulat et de l’Empire; par des notices ou des notes que consacrent à l’auteur des Poésies Galliques l'amitié et parfois la malignité ou l’envie. On voit alors sortir de l’ombre et se préciser peu à peu la figure la plus achevée de spéculateur littéraire; une figure qui aurait dû tenter le pinceau délicat et sûr de Sainte-Beuve. Cet homme ingénieux et pratique a fait de sa carrière une suite d'opérations de Bourse: les yeux constamment fixés sur le goût changeant du public, il a cherché chaque fois à lui donner ce qu’il goûtait au moment précis où il le goûtait le plus; bien mieux, où il allait le goûter davantage, C’est l’instant qu'il choisissait pour lancer une émission. Mais, quoiqu'il fût madré, il se trompait tout comme un autre : sa Jérusalem arriva trop tard; il s’engagea à fond à la baisse contre le romantisme qui montait ; et ses essais tardifs de romantisme bâtard se noyèrent dans l’oubli. Un séul succès répondit, et au delà, à ses calculs les plus audacieux : tout concourut à lancer son Ossian, et son propre talent, et le goût du public, et la faveur du maître.

Pierre-Marie-François-Louis Baour était né le 17 septembre 1772 à Toulouse, fils unique d’un imprimeur de la rue Saint-Rome. Dès ses premiers pas dans la carrière littéraire, il jugea expédient de compléter son nom par celui de Lormian, tiré d'une fontaine Lormiac ou Lormian, à

1. Journal des Débats, 25 janvier 1855. — Œuvres de Rigault, I, 186. 2. Discours de réception (4 décembre 1856).

Castelginest, où son père avait un petit bien ‘. Cela remonte à 4795 environ : il serait donc hasardeux de prétendre, avec Labouisse, qu’il choisit ce nom de Lormian « pour rimer avec Ossian ? ».Il donna en 1795 la première édition de sa Jérusalem Délivrée, assidu labeur de sa jeunesse, qu’il reprit, remania à plusieurs reprises, et republia en 1819 *. Malheureusement pour lui,il y avait de la concurrence: sans parler des travaux antérieurs qui abondaiïent sur les rayons des bibliothèques, Chénier pouvait dire qu’au même moment |

Clément, La Harpe et Lormian-Baour Vont traduisant le chantre d’Herminie.

Et puis, «le chantre d’Herminie » était très connu, très lu, même en italien : quantité de lecteurs pouvaient remarquer les libertés étranges que Baour prenait avec son texte. On raillait «l’Homère Toulousain » et sa « Jérusalem travestie ». On lui reprochait, dit-il lui-même, d'avoir

.… deux fois, sacrilège et barbare, Egorgé de ses mains le cygne de Ferrare.

On connaît l’épigramme qui courut contre lui :

Ci-dessous gît Baour, le Tasse de Toulouse, Qui mourut in-quarto, qui remourut in-douze, Et qui, ressuscité par un effort nouveau,

Pour la troisième fois mourut in-octavo.

Sa Jérusalem fut sans doute l’occasion de sa mémorable guerre d'épigrammes avec Lebrun-Pindare. Le vieux Lebrun était dur, le jeune Baour était méchant. En 1800, c’est un feu roulant ‘. Baour lui-même a publié * dix-huit épigrammes

4. Vaïsse-Cibiel, Baour-Lormian (Recueil de la Société des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Tarn-et-Garonne, 1863-1869, p. 261).

2. L. de Rochefort [Labouisse], Souvenirs et Mélanges, I, 449.

3. Cette dernière date a fait croire à Sainte-Beuve, généralement plus exact, que Baour avait traduit Ossian avant de « s’attaquer à la Jérusalem Délivrée » (Nouveaux Lundis, V, 331).

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