Nouvel Almanach des Muses, 1812, p
ses. Veullées poétiques et morales, qui imitent Young et
Hervey, qui, paraît-il, doivent beaucoup à la plume de La-.
mothe-Langon, et qui, réimprimées plusieurs fois, grossissent le volume de son Ossian à partir de 1827. Pour la seconde fois, a-t-on dit, son « ambition de plaire en traitant des sujets nouveaux » le mettait « sur le chemin du Romantisme ! » ; mais on ne peut guère appeler Young un « sujet nouveau ». L'Académie française l’accueillait en 1815.
Le changement de régime trouva Baour tout prêt à changer de cocarde et d’habit. Il rime aussitôt une Epitre au Roi *, et dit de Napoléon, qu’il avait encensé :
Un guerrier, quelque temps l'honneur de ce rivage. Maudit, mais triomphant au gré de sa fureur... Oh ! qu’il a peu connu la véritable gloire *!
Fu vera gloria ? Manzoni avait le droit de parler ainsi devant la tombe du conquérant, lui dont la muse était restée vierge di servo encomio e di codardo oltraggio ; mais il faut avoir lu Baour et son Chant d’'Hymen,et son Chant Nuptal, et ses odes officielles, pour apprécier l’énormité de son cynisme. C’est lui qui disait de son ancien dieu : « Pour vous peindre la tyrannie de cet homme, il me suffira d’un seul mot : Il m’a flétri d’une pension de six mille francs ‘ ! » Tous les témoignages s’accordent à le représenter comme doué d’un aplomb dans la hâblerie qui confinait à la naïveté. Il disait de la seconde édition de sa Jérusalem : « J'ai Ôté tous les vers qui n'étaient que bons, je n’ai laissé que les excellents”. »Il disait au même moment: « Maintenant que j'ai fini ma traduction [du Tasse] et que je n’ai plus rien à faire, je vais apprendre l'italien ®. » Il disait quelques années plus tôt à Edmond Géraud « qu’il fallait faire un Dix-huit Brumaire dans la littérature ; qu'il
ne fallait qu’un homme, et qu’il serait cet homme-là ‘». Il 1. Œuvres de Rigault, I, 200.
2. Epitre au Roi, et Ode sur le mariage du duc de Berry, 1816. 3. Le Retour à la Religion, poème, s. d., p. 36. 4. Edmond Géraud, Fragments de Journal intime, p. 223 (1819). >. Œuvres de Rigault, 1, 186.
6. M®° Ancelot, Un Salon de Paris (1824-1864), p. 36. 7. Edmond Géraud, p. 27 (avril 1806).
A L'ART ET ÉORS EN NA 27, ATOS AR NU 24 PTE ne Re ASS CRE
m æ ! tt, æ à
Sa carrière poétique 477
était hyperbolique et fatigant : « Eblouissant, fabuleux, magique, énorme, colossal, épouvantable, écrasant, pyramidal, fantasmagorique, enivrant, telles sont dans la conversation les épithètes favorites de Baour-Lormian ; … il les prononce avec un accent méridional et d’une voix criarde *. » Peut-être tous ceux qu'il avait agacés forçaientils un peu ses mots en les reproduisant ; peut-être des succès autres que littéraires lui attiraient-ils l'envie : « Sa traduction d’Ossian plaisait à Napoléon, et l’auteur plaisait aux femmes ?, » Il était un des ornements des salons littéraires. Il figure dans le tableau de M"° Ancelot, peint en 182%, qui représente Parseval-Grandmaison lisant son épopée de Philippe-Auquste devant des invités de choix, parmi lesquels Soumet, Guiraud, Vigny, Victor Hugo et plusieurs autres * : Baour montre dans ce tableau un visage fin, et aussi attentif que le comportait une lecture aussi captivante.
Après son accès d’ossianisme, Baour était redevenu pur classique, disciple des « vierges d'Aonie », et capable de
périphrases à rendre jaloux Delille :
Brillez, astres, enfants du salpêtre qui tonne 1!
Vers 1820, on trouve qu'il « ne fait que décliner ‘. » Mais il reprend du service actif lors de la bataille romantique, dans laquelle il tient à combattre du côté des saines doctrines. Il avait dit en 1820, dans le tête-à-tête : « Pour ma part, j'aime assez le romantique ; mais si les formes sont neuves, soyez toujours classique pour le style ; sans cela, point de salut ‘.» Mais quand il lance ses quatre nouvelles satires, Le Classique et le Romantique en 1825, Encore un Mot en 1826,le Canon d’Alarme et les Nouveaux Martyrs en 1829 il n’accorde plus rien du tout. Jal fait semblant de croire qu’un adversaire avait emprunté le nom de Baour pour ne
. Edmond Géraud, p. 34.
Me Ancelot, p. 36.
be
. Epiître au Roi, 1816 ; et déjà Les Féles de l’hymen, 1810 ; et ailleurs. . Biographie des Quarante, p. 29.
. Edmond Géraud, p. xvu.
lui prêter que de mauvais seen !, En tout cas, il ne manque pas de vigueur contre Victor Hugo :
Vive le hugotisme, et mort à la grammaire * !.….
Avec impunité les Hugo font des vers !
contre Alexandre Dumas et son Henri III 4, et même —le croirait-on ? — contre Nisard, qui, se fait ME les Débats le défenseur de ces énergumènes. Il est surtout bizarre de l'entendre, lui le grand-prêtre de l’ossianisme, reprocher à l’école ennemie de
peindre l'univers bien lugubre, bien noir,
Car toute poésie est dans le désespoir ‘… se moquer de Hugo en l’appelant « cet illustre Barde ©», enfin présenter ironiquement le romantisme comme
… un mélange heureux de grâce et d'harmonie Qui nous vient de l'Ecosse et de la Germanie ‘.
De l’Ecosse ! Et c’est lui qui en fait un reproche !
I] fait un double effort pour se mettre au ton de son siècle, et capter encore quelque veine de popularité et de succès, par ses Légendes, Ballades et Fabliaux *, et par un roman historique * qui transporte au temps de la Ligue des préoccupations politiques contemporaines. Ni les unes ni l’autre ne paraissent avoir attiré l'attention ; tout cela est d’ailleurs au-dessous du médiocre. A partir de 1830, il se résigne à disparaître de la scène littéraire. Il emploie ses dernières années à traduire le Livre de Job *. Les candidats à l’Académie, Vigny par exemple “, qui pour lui faire la visite
. Mercure du XIX° siècle, XI, 62 (1825).
. Les Nouveaux Martyrs, 1829.
. Canon d'alarme, 1829.
. Les Nouveaux Martyrs.
. Encore un mot, 1826.
. Le Classique et le Romantique, 1825.
. Légendes, Ballades et Fabliaux, 1829.
. Duranti, ou la Lique en province, 1828.
10. Le Livre de Job, {traduit en vers français, 1841. 11. A. de Vigny, Journal d’un Poëte (4 février 1842).