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Son caractère et son rôle 479
d'usage s aventurent dans son lointain quartier, saluent avec un respect mêlé d’indifférence ce vieillard pauvre, aveugle « comme Ossian ‘ » — il commençait dès 1803 à perdre la vue * — ce témoin d’un passé déjà lointain. Il s'éteint le 10 décembre 1854 au milieu de l'indifférence la plus complète.
Je me suis un peu étendu sur cette biographie pour faire mieux comprendre pourquoi Baour-Lormian n'a pu, malgré un incontestable talent de versificateur, donner l’Ossian français que beaucoup attendaient, et que plusieurs, en même temps que lui, essayaient de donner chacun de leur côté. Ce souple et habile Méridional à la voix chaude et un peu criarde n’était pas l’homme qu'il fallait pour dire à la France les pâles légendes et les paysages mélancoliques du Nord ; ce cynique arriviste, ce poète à tout faire était mal qualifié pour incarner l’héroïsme, les grâces, le rêve, le charme vague et pur d’Ossian. De plus, Baour-Lormian est le type d’un de nos derniers classiques. Absolument fermé, malgré des essais maladroits ou avortés, à toutes les nouveautés fécondes qui pénétraient en France ou qui germaient sur notre sol, il ne pouvait goûter et faire goûter Ossian que par ses éléments les moins profonds, les moins intimes. Il représente en France ce qu’à la même heure, et avec beaucoup plus d'éclat, représente Bilderdijk en Hollande, ce qu'avait représenté Cesarotti en Italie : le pur classique, ennemi juré de tout romantisme, qui se fait sectateur d'Ossian parce qu'Ossian lui offre une nouvelle forme de beau classique, une forme plus moderne mais aussi nette, encore plus décisive peut-être et plus parfaite en son genre.
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La période ossianique de Baour-Lormian remonte au moins à 1796; c’est-à-dire, il faut lui rendre cette Justice, à une époque où la servilité et la flatterie n’avaient pas
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