‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 244 sur 512 · Ponsard, Discours de réception, p · texte numérisé non relu

Ponsard, Discours de réception, p

Jugements contemporains 505

| | une « forme souvent rude ‘ » — la rudesse n’est pourtant pas son défaut — ; on lui reproche « des réminiscences classiques et le jargon de la poésie impériale » et jusqu’à la sonorité des noms ossianiques *. Nous sommes très persuadés maintenant que Baour n’est pas un vrai poète ; il est curieux de constater avec quel ensemble on l’a jugé tel pendant une longue suite d'années.

Non seulement Baour est approuvé comme abréviateur et admiré comme poète, mais l’ensemble de son recueil lui vaut des félicitations presque unanimes. On ne trouve guère que la Décade qui soit d’abord hostile. Affaire de parti d’ailleurs, et de coterie littéraire : dès son arrivée à Paris, Baour eut l’art de se mettre mal avec le groupe des idéologues, comme s’il prévoyait que ce parti, quelques années plus tard, serait en butte à la haine du souverain et aux traits de la réaction bien pensante. Dès la fin de 1798, Ginguené raille l’apostrophe au soleil et son auteur, « un citoyen Baour- Lormian qui se croit connu par une assez médiocre traduction de la Jérusalem délivrée » ; il passe au crible les vers de « ce poète, si l’on peut lui donner ce nom * ». En 1804, à propos de la deuxième édition des Poésies Galliques, la Décade, qui fait,comme nous le verrons plus tard, les plus expresses réserves sur Ossian lui-même, donne au traducteur des compliments un peu chiches et mesurés. Il a « fait preuve de goût » en évitant « le néologisme qui semblait inhérent » au genre. Mais « son talent eût été mieux employé en s’attachant à un auteur d’une réputation plus méritée ‘ ». Egalement intermédiaire est le jugement du critique qui n’ose citer les vers des Poésies Galliques parce qu’ils ont « quelque chose de trop bizarre. Il faut que le lecteur s’y accoutume par degrés. » Cependant, dit-il, « ce recueil manquait à notre littérature, et achève de naturaliser Ossian ® ». La plupart des aristarques du temps se déclarent nettement satisfaits. Vigée proteste contre les railleries que la Décade avait adressées à l’Hymne au Soleil:

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