Magasin Encyclopédique
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lants. Patrice l'interrompt pour lui prêcher la résignation ; mais Ossian’veut avoir le droit de regretter ce passé brillant. Patrice lui vante la puissance de son Dieu. Ossian a plus d’admiration pour celle de Fingal. Que faisait le Dieu de Patrice pendant telle ou telle bataille? Mais, lui dit Patrice, tous ces héros païens sont maintenant en enfer. Et pourquoi ?réplique Ossian ; Fingal fut justeet bon. Patrice alors le ramène à l’histoire qu’ilse proposait de conter. Fingal était allé à la chasse d’une biche ; il perd sa trace et rencontre une jeune fille éplorée. Elle lui confie que son anneau précieux est: tombé dans le lac. Fingal, pour: le lui rendre, plonge cinq fois, et ressort de l’eau magiquement vieil. Cependant les siens se préoccupent de son absence : Caoïlte s'inquiète ; Connan, fils de Morni, se réjouit de la disparition de Fingal, à qui il espère succéder. On va à sa recherche ; on ne trouve qu’un vieillard cassé, et qui dit à Caoïlte qu’il est Fingal. Connan maudit ce retour intempestif ; mais, malgré ses menaces, il est réduit au respect par Caoilte et Oscar. Caoïlte interroge Fingal, qui raconte son aventure ; on retrouve la jeune fille mystérieuse, qui par un breuvage lui rend la jeunesse. Et telle est l’histoire de la chasse merveilleuse de Fingal.
H y a là trois éléments à distinguer. Au début, un type accomph deces Entretiens des Vieillards où se plaît la poésie irlandaise du moyen âge. Puis, introduite par cet entretien, une histoire merveilleuse où la magie joue le principal rôle, et où l’anneau perdu rappelle un peu celui de Mélisande, Enfin, dans la forme que le traducteur français donne à ce conte, se marque l’esprit du xvur siècle, en hostihté contre le christianisme. Ces païens aussi vertueux que les clercs de Patrice, ce.« Dieu jaloux », ces « livres obscurs », cette « lourde croix », ces « cloches importunes», réflètent l'opinion de l'adaptateur et celle de Millin qui accueille son travail dans sa Revue. Nous sommes à l’antipode du Génie du Christianisme. C’est peut-être la dernière fois qu'Ossian:est employé contre la religion.
Les notes qui accompagnent le poème sont d’une amusante précision. On est. bien aise de ‘savoir par elles que l’on montre encore en Ecosse ou en Irlande le tombeau de Combhal, père de Fingal, et la caverne de la magicienne, où
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Les Poëmes irlandais de Labaume 515
l'on a trouvé des ossements. Mais surtout on est ravi d’apprendre que ce grand Fingal « avait l'habitude de ronger son pouce afin de recueillir en lui-même des notions prophétiques ».
Labaume me devait pas s’en tenir à ce coup d’essai : il continua de.donner des traductions de poèmes irlandais, en concurrence ouverte. avec l’Ossian-de Macpherson, ossianiques au sens véritable et authentique du mot, mais mon de cet ossianisme:que la France connaissait et goûtait depuis une quarantaine d'années, et qui.à cette heure même triomphait dans la poésie, au théâtre et dans la peinture. Labaume était depuis quelques années un des fournisseurs réguliers de la Décade. En 1803, il donne à cette Revue la Chasse de Fingal, mais sous le titre : La Prière d'Ossian, ancien poème irlandais ‘. Cette traduction, qui suit par sa disposition matérielle les strophes anglaises, reproduit purement et simplement la première partie de la Chasse, celle où le Barde et le Saint opposent rudement leurs deux conceptions de la vie et de la gloire. Ainsi reparaissaient à quelques années d'intervalle, dans ces deux périodiques importants, les fières protestations du vieil Ossian contre l’intolérance chrétienne et la damnation des Gentils. Mais si Labaume ne fait qu’un avec Z, comme c’est extrêmement probable, il ne le cite pourtant pas; une note explique brièvement la légende de Patrick et d’Ossian, mais ne fait aucune allusion à la Chasse de Fingal, qui pourtant est l’ensemble auquel appartient ce que le traducteur appelle assez bizarrement la Prière d’Ossian.
Quelques décades auparavant, le même recueil avait publé, également sous la signature de Labaume, Usnoth, ancien poème trlandais *, On sait que cet Usnoth était le père des trois héros qui vont délivrer Dar-thula dans le poème de ce nom. Mais le sujet du poème de Labaume n’est pas celui du légendaire Meurtre des fils d'Usnoth, si souvent répété dans le cycle ossianique irlandais ; c’est à peu près celui de Carthon.‘Cuchullin combat, sans le savoir, son fils Usnoth ét le tue. Ossian n’est pas nommé, et le sommaire