‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 257 sur 512 · P -A.-M. Miger, Les Chants de Selma · texte numérisé non relu

P -A.-M. Miger, Les Chants de Selma

3. P.-A.-M. Miger, Carthon et Clessamor, poème imité d’Ossian, 1804. 4. [Miger] Les Souvenirs d'un Barde, 1821.

Ossian dans ses Souvenirs d’un Barde, il est galant, mythologique, anacréontique. Rien de rêveur, de passionné, de coloré dans cette poésie où rien n’annonce l'avenir. Quand de tels hommes de lettres traduisent Ossian, on peut être sûr qu'ils l’ont choisi uniquement comme exercice de versification, comme nouveau, moins banal que Gessner ou Young, plus facile que le Tasse ou Milton; admirable matière à mettre en vers classiques, rien de plus.

Lorsqu'il s’agit de le goûter d’une manière purement passive et de le juger en prose, c’est tout différent. Miger apprécie cette poésie, dont les caractères sont la tendresse et la sublimité :

Elle ne respire rien de gai ni de léger; il y règne partout un air grave et sérieux qui ne se dément jamais... Sa poésie est véritablement la poésie du cœur... Ossian est le génie de la nature sauvage ; ses poèmes ressemblent aux bois sacrés des anciens Celtes ses compatriotes: ils respirent l'horreur, mais on y sent à chaque pas la Divinité qui les habite *.

Cette sauvagerie que l’auteur paraît si bien sentir,et qu'il oppose à l’art raffiné de Virgile, du Tasse, de Voltaire, aurait dû infuser un sang nouveau à toute cette poésie anémiée de l’Empire ; elle ne l’a pas fait.

Bien que Miger donne à ses Chants de Selma le titre modeste d'imitation, c’est en somme une traduction, et pas plus infidèle que d’autres. Son Carthon et Clessamor avertit dès le titre qu'il en use ici plus librement. Le centre du poème reproduit le récit de Clessamor dans le poème de Carthon, puis la suite de l’action jusqu'au moment où le père et le fils se regardent longuement avant d'engager le suprême combat. De la sorte, le poème, qui compte 468 vers, reste inachevé, et le plus dramatique manque, justement ce qui manque dans le Hi/debrandslied que certes Miger n’a pas connu. Mais par contre, avant de commencer son récit, l’imitateur français place un couplet philosophique qui est emprunté au début du chant III de Cath-Loda :

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