‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 259 sur 512 · Almanach des Muses, 1805, p · texte numérisé non relu

Almanach des Muses, 1805, p

par une forme élégante et sûre, qui a parfois de l'ampleur. Son couplet à l’étoile du soir n’est que médiocre :

Compagne de la nuit, étoile radieuse Qui dans ta course lumineuse Dore l’azur du firmament, Que regardes-tu dans la/plaine ?

Le jour a disparu : les vents soufflent à peine ; - Les eaux de Duvranna coulent plus lentement.

Ces vers-ci, de l’apostrophe au soleil, valent mieux, et sont bien dans la tonalité du morceau :

La nuit à ton aspect a replié ses voiles ;

Devant toi disparaît le peuple des étoiles;

Et la lune, sans toi reine du firmament, Plonge son disque pâle aux mers de l'occident.

On pourrait citer encore, malgré quelques chevilles, le morceau des imprécations d’Armin dans Les Chants de Selma.

Mais ce qui est plus intéressant dans Miger, c’est de le voir donner une place de prédilection au lieu commun philosophique, si souvent indiqué chez Ossian et si souvent cultivé par les grands Romantiques. Misère de l’homme éphémère, effrayante rapidité du temps, petitesse de l’homme devant la grandeur sereine de la nature, tous ces lieux communs ossianiques se retrouveront chez Lamartine ou Hugo, amplifiés et rendus pathétiques par la puissance de leur génie. Miger n’a point de génie, ni même de talent ; mais il offre parfois une première épreuve indécise de ce genre de développements lyriques et philosophiques :

La race qui s'éteint d’une race est suivie; Aux pères succèdent les fils;

Et le sièdle englouti dans le torrent de l’âge

Au siècle qui s'écoule abandonne en partage Et des tombeaux et.des débris!

Talent à part, c’est intermédiaire entre le lieu commun d'un Thomas et la méditation d’un Lamartine, plutôt en-

Taillasson : d 527

core d'un Hugo ; brodant sur la trame ossianique, le poète s’est plus rapproché des seconds que du premier.

.ILen est de même du style. On voit admirablement par cet exemple quelconque et médiocre, mieux que par celui des génies novateurs, quel service a rendu Ossian au style poétique français. Sans doute, nous le disions à l'instant, des fausses notes et des vieilleries classiques traînent encore dans ces vers. Mais quand on traduit ou qu'on imite Ossian, on ne peut se permettre d’étaler le matériel mythologique et les images traditionnelles. Les plus timides, et celui-ci est du nombre, devront au moins débarrasser leur style de cette pacotille de clinquant. Ils n’oseront pas être très calédoniens, mais ils ne seront plus gréco-romains. De même que ces sortes de rêveries à propos de personnages disparus et d'événements anciens ne sont ni l’ode pompeuse, ni l’épopée régulière, ni l’élégie plaintive, mais gardent la liberté d’un genre nouveau et mal défini ; de même ces sujets et ces cadres ont obligé les poètes à s’exprimer plus simplement, plus directement ; l’on pourrait dire qu'Ossian

a contribué à nettoyer la langue poétique, et a par là pré-

paré le terrain au romantisme.

Taillasson, lui, était peintre, et peintre du Roi ; il avait exposé, par exemple en 1785, plusieurs tableaux que certains avaient appréciés *, antiques comme son PAhloctète, chrétiens comme sa Sainte Thérèse. Mais c'était un peintre

poète, et qui seservait des vers pour exprimer ses idées sur

son art. Son poème sur Le danger des règles dans les Arts, qui remonte à 1786,est intéressant par les velléités d'atfranchissement qui s’y expriment. Un de ses émules,le peintre François, le félicite d’avoir su

En réclamant sa liberté, Plaider en faveur du génie *.

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