‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 260 sur 512 · Almanach des Muses, 1786, p · texte numérisé non relu

Almanach des Muses, 1786, p

. Atmanach Littéraire, 1786, p. 160.

Il est de Bordeaux, et à Bordeaux on le couronne sans hésiter du double laurier : « Etant né peintre, il a dû également naître poète », s'écrie un critique qui est sans doute un de ses amis. « Son pinceau vigoureux et son coloris brillant animent ses vers comme ses tableaux ‘, »Et, poète, il a encore un double talent : « il peut également emboucher la trompette et les pipeaux ». Sans oublier la harpe du Barde, car, ajoute l’aristarque bordelais, « son imagination, nourrie de bonne heure de la lecture de nos grands maîtres, l’a mis à même de faire passer dans notre langue les beautés sublimes d’Ossian ». Il y était prédisposé du moins par sa tendance à la mélancolie et à la rêverie nocturne *,

Le poème parut au printemps de 1802, car le dépôt en est ordonné dans la Bibliothèque du Tribunat le 7 germinal an X *, et c’est, entre parenthèses, le seul Ossian de cette période pourtant si riche que nous trouvions inscrit sur cette liste : l’auteur l'avait offert lui-même, Taillasson nous prévient qu’il est le quatrième à traduire en vers Les Chants de Selma ; mais ni Chénier,ni Miger, ni Baour ne le géneront : il ne les a pas lus. Ce qui le distingue dès l’abord, c’est l'emploi exclusif de l’alexandrin. Taillasson, en limitant ses ressources, joue la difficulté ; le malheur est qu’à ce jeu, il perd. Dèsle début, ce sont des vers entiers de remplissage :

Toi qui dans l'Occident parcours l’azur des cieux, Compagne de la Nuit, dont le front radieux S'élance triomphant du milieu des nuages,

Et du monde tranquille appelle les hommages, Etoile, dont l'éclat à nos yeux est si doux,

Que cherchent tes regards abaissés jusqu’à nous ?

Traduction libre, dit l’auteur Ou bien, ce sont des inversions baroques. Il y a là d’ailleurs un certain mouvement, et pas trop de héros idole de mon cœur. Au total, essai d’amateur qui aime Ossian, qui ne se permet aucun changement grave, et qui montre ce que nous devinions déjà, que

1. Bulletin polymathique du Muséum de Bordeaux, 1, p. 22 (1802).

2. J.-J. Taïllasson, Traduction libre,en vers, des Chants de Selma d'Ossian, an X. P. 31:La Nuit, élégie.

3. Table des procès-verbaux des séances du Corps législatif et du Tribunat, an X.

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Lebrun des Charmettes. Despinoy 529

l’alexandrin français est particulièrement impropre à rendre la prose de Macpherson.

Philippe-Alexandre Lebrun des Charmettes, né en 1785, et qui publia en 1803 la première édition de ses Chants de Selma *, ne doit pas être confondu avec Pierre Lebrun, l’auteur de Marie Stuart, né en 1785 également, et qui débuta dans les lettres en 1805. Il traduisit ensuite Oithona, et les deux poèmes parurent avec le Vi{/age abandonné de Goldsmith en 1805*. L'ensemblecompte un total de 960 vers. Le choix des deux poèmes était excellent. La traduction est assez exacte. Les vers libres comme ceux-ci sont moins exposés à trahir le texte pour cheviller ou pour rimer.Mais J'ai beau relire ce millier de vers, je n’y trouve rien qui se détache et qui puisse être cité. Le jeune poète n’est pas ridicule, mais il n’est pas intéressant : c’est froidement correct, c’est banalement passable, sans plus.Les passages qui présentent quelque agrément le tiennent tout entier du fond de l’histoire : la plainte de Colma, la douleur d’Armin, la honte d’Oïthona gardent un peu de leur charme poétique, même à travers la sage et plate traduction de Lebrun.

Le général Despinoy est un de ces poètes amateurs que la grâce d’'Ossian a touchés. Il donnait en 1801 une Ode à la Paix * et une traduction du Catheluina de Smith t. Ce vétéran, qui après avoir payé à son pays « la dette du soldat » veut « lui offrir encore le tribut de l’homme de lettres° »,ce soldat pacifique a des idées sur la poésie lyrique. Il veut qu’elle soit réellement chantée, comme celle des anciens. Il a découvert Catheluina dans le Jardin Anglais de Le Tourneur; il y a trouvé « le sublime et le pathétique du sujet, la nouveauté des situations, le caractère singulier des personnages, l'élévation des idées, la beauté des images, le but moral du poète‘ ». En lisant « l’Homère écossais »

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