Œuvres de Victorin Fabre, I
L'imitation libre et le genre ossianique 533
quer qu'on lui laisse ses défauts, et qu’on ne lui emprunte que quelques-unes de ses tônlèunes sa mythologie par exemple ; ce qui est extérieur à la poésie ossianique, ce qui n’en constitue pas l’essence. Prudemment dosées, ces couleurs donneront peut-être ce qu'on cherche, un style nouveau, une forme d’art intermédiaire entre le genre classique désuet et le romantisme qui est encore à naître comme style littéraire. Le genre ossianique sera-t-il cette nouvelle manière dont plus ou moins consciemment on ressent le besoin? Donnera-t-il à la poésie française épuisée le renouveau désiré ? Pour le savoir, il faut évidemment, comme le tente Fabre, écrire en style ossianique autre chose que des traductions en vers ou même des imitations plus ou moins libres des poèmes de Macpherson ou de Smith ; il faut tisser une ample . draperie et la teindre de ces nouvelles couleurs, puis voir si elles résisteront au clair soleil de France. Tant que les rimeurs persisteront à croire qu’il leur faut parler autrement qu’on ne pense et qu’on ne sent, tant qu'ils s’'évertueront à couler d’abord leurs impressions dans un moule convenu, ou à raconter des histoires sans réalité et empruntées à certains pays, à certaines époques, dont ils imiteront gauchement le langage ; tant que la poésie ne sera pas directe et naturelle, on cherchera des genres, des manières, des styles, on passera d’une vague antiquité à Ossian, d’Ossian au troudadour, ou au moyen âge fantastique, ou à l’Orient de pacotille,
Et l’auteur d'un nouvel Art Poétique, Viollet-Leduc, chante l’antienne sur un mode ironique et discrètement railleur :
Ossian est pour nous une mine d’autant plus féconde qu’elle n’a pas été exploitée. Et, quoi que disent certains critiques de la triste monotonie de ce genre, toujours est-il certain qu'en le traitant, c'est un grand avantage que de n'avoir pas à lutter avec ce qu’on appelleles grands poètes du siècle de Louis XIV*.
Edmond Géraud est plus sérieux. C’est un des principaux tenants du genre ossianique, et ses idées sur ce sujet sont antérieures aux publications de Fabre et même de Baour-