Viollet-Leduc, Nouvel Art Poétique, 1809, p. 50 (note
534 Ossian en France ne
Lormian ou de d’Arbaud-Jouques. Dans son Journal, il se montre à plusieurs reprises préoccupé d'Ossian. Aucun poète, si ce n’est Young, n’a autant d’action sur lui. En ce qui concerne l'authenticité, il est. du parti des fidèles. Nous l'avons vu blâmer Voltaire et sa critique du style ossianique. Sur l'essor que ce genre nouveau doit donner à la poésie française, Géraud a son opinion personnelle, Traduire est bien, dit-1l, mais traduire est insuffisant :
Je ne pense pas qu’on doive se borner à traduire les chants d'Ossian. [1 me paraïtrait plus agréable et plus glorieux à la fois d'inventer dans sa manière de nouveaux épisodes, auxquels on pourrait conserver cette couleur mélancolique et sauvage que nous aimons. C’est une mine toute neuve à exploiter; tant pis pour qui la dédaigne ‘.
De pareilles imitations libres sont difficiles à traiter. Géraud est sévère pour ses prédécesseurs, pour leurs « malheureux essais », pour leurs « sottises », qui feraient bien mal juger le genre ossianique à qui ignorerait l'original. Quelques années plus tard, la pensée de Géraud se précise. La monotonie d’Ossian est incontestable : « C’est toujours un style solennel, largement poétique, mais qui ne comporte point de nuances et de variété. » Pour éviter « la répétition continuelle d’idées, d'images et d’expressions » qui est « l’inconvénient de ces imitations du genre ossianique », il faut se contenter « d'y chercher des inspirations, en les appliquant ensuite à des sujets moins répétés,et qui puissent fournir des détails plus neufs *
Nous allons rencontrer en effet quelques-unes de ces imitations libres qui ne se rattachent à Ossian que par un fil assez lâche. Déjà d’Arbaud-Jouques avait fait suivre ses traductions partielles d’imitations, que. très loyalement, il distingue parle titre des traductions qu’elles accompagnent. Ce sont: Le Sommeil d'Ossian; Consolation d'Ossian à Sulmala, amante de Cathmor ; Le Nuage; Praintes de Malvina sur la mort d'Oscar ; environ deux cents vers. Ces
1. Edmond Géraud, Fragments d'un Journal intime, p. 9 (thermidor an VII).