‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 273 sur 512 · Magasin Encyclopédique, 1796, I · texte numérisé non relu

Magasin Encyclopédique, 1796, I

toutes les fois qu’il y a pensé. Le critique blâme avec rai-.

son les allusions politiques: qui émaillent l’entretien entre: Dermide et son fils : « Qu'est-ce qu’un héros ?... Qu'est-ce qu'un tyran ? » Cet élément de succès facile ne venait pas: d’Ossian. Le jugement resta favorable quand Oscar fut: imprimé, et le même journal remarque que la pièce « perd moins à la lecture que la plupart des drames nouveaux ».. Décidément.« ce n’est point un ouvrage médiocre’ >». D'au-

tres diront encore, assez longtemps après : « Le fond de

cette: tragédie est large, neuf, hardi et profondément dra-

matique *. »:

Millin trouvait ingénieuse l'introduction au théâtre du genre: ossianique ; la Décade la trouve détestable, Après: avoir dit que les trois premiers actes sont intéressants, et que lesdeux autres sont mauvais, elle continue :

Rien n'obligeait l’auteur à prendre les sites. d'Ossian, pour cadre de ses tableaux. Les amis de la littérature ne trouveront pas qu'il les ait assez bien copiés pour oser rappeler ce Barde célèbre, qui fut le peintre des tempêtes et des nuits brumeuses de son pays, plus que celui du cœur humain. La poésie de ses descriptions, et l'élévation de ses pensées. ont bien pu le faire,

appeler à juste titre l'Homère du Nord ; mais il n’en a jamais,

été le Sophocle ?.

Et elle reproche encore à Arnault d’avoir inséré dans son drame trop de morceaux épiques. Ce passage est curieux. d’ailleurs pour la position qu’y prend le critique à l’égard' d’Ossian. Le Barde n’est pas seulement un peintre ; il pense; et cependant il ne connaît pas le cœur humain. C’est dire qu'il est à la fois épique et lyrique, mais que le poète dramatique n’a rien à en tirer, parce qu’il n’offre pas de caractères, parce que d’un bout à l'autre il n'y a qu’une seule âme dans Ossian, c’est celle d’Ossian lui-même.

Clément, qui reprend sous le Directoire la férule du: critique, est beaucoup plus sévère encore ‘. D'abord. il nous: donne cet essai pour un échec : «1l.y a une.justice à rendre,

. Magasin Encyclopédique, 1796, IL, 142.

. Annales Dramatiques, 180$, VII, 177.

. Décade, IX, 556 (18 juin 1796).

. Clément (de Dijon), Journal Littéraire, 25 messidor an 1V.

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Jugements de Ja critique 555.

au public, c’est qu’il n’a pas goûté cette tragédie, où il, n’a. rien vu qui lux fit connaitre les anciennes mœurs celtiques. »: Voilà la couleur: locale vraie, l’ithos, qui manque,et qui.de-. : vait manquer à quiconque. s’inspirerait d'Ossian. Clément, s’imagine. qu'il serait facile ow du moins possible de faire revivre sur la scène «ces.anciens Ecossais, passionnés pour. la: guerre et, pour la chasse, sauvages dans leurs mœurs,, mais capables.de générosité, de grandeur d'âme et d’hé-. roïsme». Il ne dit pas, comme la Décade, qu’Arnault a mal fait de s'attaquer à Ossian: mais ilestime qu'ils’est mal tiré. de l’entreprise, et son article. de onze pages est plein degraves réserves, ou plutôt de vifsreproches, car Clément l’inclément n'a rien perdu, de la verve batailleuse qu'a jadis éprouvée Voltaire. Il est d'ailleurs hostile par principe à la tragédie, genre épuisé selon lui, genre.qui doit céder la place à l’idylle,, au lyrisme, et surtout à l'épopée ‘; c’est un aperçu ingénieux, quoique contestable, Venant au pathos, il blâme les grands sentiments qui, comme ceux d’Oscar, ne sont pas: relevés par le contraste, par « le mélange de la barbarie et de l’héroïisme », Malvina est « une femme moderne, bien différente. des femmes qui figurent dans Ossian, telles que. Lorma, épouse d’Erragon, et la fille de Dargo. Elle prodigue les sentences et les réflexions » tandis que les peuples sauvages « sentent beaucoup, mais n’ont point l’art de définir leurs sentiments ». Les personnages sont trop éloquents, et ils sont trop vertueux : « Malvina est bonne, et Oscar aussi... Gaul est bon ami, Carril est bon père, Dermide est bon époux... Il n’y a que la pièce qui soit mauvaise. Le sujet n’était que sauvage ; mais les vers sont barbares. » D'ailleurs le pittoresque est peu accentué : « Pour nous transporter au milieu d’un peuple chasseur, il ne suffit pas de hasarder les mots de doques et de bruyères, ni de faire hurler les tempêtes, »

En résumé, Clément reproche à Oscar d’être une tragédie animée du pur esprit classique, insuffisamment ossianique tant pour le pittoresque que pour les sentiments et les caractères, insuffisamment, barbare. Il est clair qu'une partie, de ces reproches tombe sur le genre lui-même, une: partie sur

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