Armand-Goufté, Ballon d'essai, 1802, p
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tombeaux, tout ce qui accompagnait l’entrée d’Ossian sur la scène française devait en ect étonner, et provoquer de faciles et inoffensives plaisanteries.
Encouragé sans doute par les lauriers d’Arnault, l’intarissable et insipide Simon de Troyes ‘ (1740-1818) intitule Fingal libérateur et Colgqar et Sulallin deux tragédies ossianiques, dont l’une, à vrai dire, n’est qu’une première rédaction, incomplètement rimée, de l’autre. Ces deux pièces restées manuscrites ? ne portent pas de date. Comme l’auteur s’est montré dans ses autres ouvrages fort habile à saisir l’actualité, on peut les rapporter à l’époque du Directoire ou du Consulat : Simon a été bibliothécaire du Conseil des Anciens, du Conseil des Cinq-Cents, puis du Tribunat. C’est à cette époque d’ailleurs que se rapportent plusieurs de ses tragédies datées : Sophocle et Mutius ou Rome libre. Son Colgar et Sulallin a pour personnages Fingal, Hidallan roi d’Inistore (dont l’auteur fait le frère du roi de Morven), Sulallin, fille d'Hidallan, Colgar, son amant, le lâche ravisseur Latmor ; tous ces noms nous sont déjà familiers ; voici encore Caïrbar, Armin, Calthon, Colma, et d’autres noms inventés, Turloch, Strumond, etc... ; voici des guerriers de Morven, des pirates norvégiens, et même des « esprits aériens, représentés par des femmes ». Odin et son culte avec ses « esprits souterrains » viennent enrichir la mythologie ossianique décidément trop pauvre. De même, le magicien Caïrbar orne l’action d’un élément nouveau : il conjure les esprits, les furies. Cette tragédie non jouée ressembleà un médiocre livret d'opéra, d’autant qu'elle est en partie écrite en vers libres, ce qui n'est pas rare à
1. Sur cet écrivain, voir Auguste Marguillier : Un poële lroyen au XVIII: siècle, Edouard-Thomas Simon, dit Simon de Troyes ; Troyes,
2. Bibliothèque de Troyes, Mss., 2789, t. Le. Je dois les détails quisuivent à l’obligeance de M. Remy Géant, qui a bien voulu étudier pour moi les manuscrits de Simon de Troyes etm’en communiquer une analyse détaillée.
‘cette époque, et même contient des « romances ». Par la variété de ses personnages et de'sa mise en scène, par son merveilleux, elle achemine Ossian vers l'opéra.
Fingal libérateur est probablement une première rédaction de la tragédie. Le texte est en prose avec quelques scènes en vers. Les noms des personnages sont différents et beaucoup moins ossianiques, ce qui ne laisse pas de surprendre. L'auteur veut opposer le merveilleux scandimave à d’eschatologie :ossianique, mais il n’y réussit guère, car d'un comme l’autre tiennent bien peu de place dans son œuvre. Par un bizarre mélange, c’est le très celtique Gaïr- -bar qui prononce une ineantation à la Vénus scandinave :
Et toi, Freya, qui portes dans les âmes Le doux poison des voluptés, Fais ‘brûler de tes vives flammes La plus ingrate des beautés...
“Simon de Troyes, dont ‘le hasard nous a conservé les mamuscrits, peut être considéré comme le type de ces ‘amateurs studieux qui cherchaïent dès cette époque, chacun de son côté, à rajeunir la poésie classique en la parant des ‘couleurs ossianiques ou scandinaves. Plus hardi que d’autres, il aurait voulu donner au théâtre l'exemple de cétte rénovation : à cet égard, ses essais ignorés sont curieux à
signaler.
Il n’y a qu'une analogie de nom entre la poésie ossianique et Malvina ou la Grotte des Cyprès, mélodrame qui se joua à la Porte Saint-Martin le 8 prairial an XI. Je ne crois pas non plus qu’Ossian ait rien à voir au drame de Favière et Pertuis, Fanny Morna ou l'Ecossaise, joué en 1800, et que je n'ai pu rencontrer. Il semble que le succès estimable d’Arnault ait détourné :les auteurs dramatiques de recommencer son’ essai ‘de ‘tragédie ossianique : on ne
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« Les Bardes » opéra de Le Sueur 559
voit pas trop en elfet comment dans ce cercle étroit de :personnages et d'événements, enchaîné de plus par les lois ‘sévères du genre tragique, on eût pu éviter la monotonie. Par contre, Ossian offrait à l’opéra un domaine très fécond : ce décor nouveau, ces héros vagues et sans dessous psychologiques, mais grandioses, ces apparitions de fantômes, ces -bardes et.ces vierges qui déjà dans les poèmes ossianiques chantent souvent en chœur, tout s’y prêtait à merveille, A l'apogée de l'ossianisme napoléonien correspond l'apogée -de l’art :ossianique, et.Les Bardes de Le Sueur ‘ viennent admirablement à point.
Le Sueur était un artiste sérieux et plein de foi,un homme dont ses élèves et.ceux qui l’ont connu parlent avec res- pect et sympathie. La musique rejigieuse.était sa vocation par excellence. Mais on trouvait dans La Caverne(1793)une « inspiration forte et guerrière » ; dans Paul et Virginie (1794) un Hymneau Soleil quia peut-être dû quelque chose au thème ossianique. D'ailleurs Berlioz nous apprend que Le Sueur, qui fut son maître comme celui d'Ambroise Thomas et de Gounod, et pour qui il a toujours marqué -beaucoup d'estime et.de reconnaissance, avait en l'authenticité d’Ossian une foi inébranlable. Ossian et la Bible, ajoute Ber- ‘hioz, étaient les sources poétiques qui l’inspiraient le mieux*. -C'est de lui quevint certainementl'idée d’emprunter/le pre- -mier à Ossian un grand ouvrage lyrique, destiné à paraître sur la première scène de France. Il-dut commencer à:s’en -occuper dès 1800 au plus-tard. Le livret des Bardes est signé de: Deschamps.et Dercy ; mais, sur le registre de l'Opéra, le nom de Dercy est seul indiqué. A.la vérité, Dercy s'enétait d’abord chargé, mais .son livret.fut trouvé faible, et Deschamps fut appelé.à le remanier ou -à le refaire dans une proportion que nous ignorons. D'importants fragments en avaient déjà été exécutés aux concerts spirituels de l'Opéra, -en-1801 et 1802 *. Cette dernière fois, le 24 germinal an X, l’œuvre de.LeSueur, en bonétat.d’avancement, fournit toute
4. Ossian, ou Les Bardes, opéra en.5 actes, 1804, par Le Sueur, paroles de Deschamps et Dercy.