H. ‘Berlioz, Mémoires, 1870, p
3. Ossian ou Les Bardes, réduit pour piano et chant, 1883; Introduction,
-par ‘Louis Laffon:"Publiciste, 16 avril1802.
la première partie du concert. On y entendit le Chant à grand chœur des Bardes ; l'air de Rosmala promise à Ossian, qu'elle chante dans la forêt de Selma ; le Sommeil d’Ossian, suivi de l’Air d’un vieux Barde ; l’'Hymne du matin, chanté par les cent Bardes de Selma. On voit que Le Sueur savait l’art de préparer le public et les dilettantes à goûter son opéra quand enfin il paraïîtrait sur la scène. Tandis que Dercy, trop modeste, destinait l'œuvre au théâtre Feydeau, Le Sueur rêvait d’un cadre plus imposant, et arrivanon sans peine à la faire jouer à l’Opéra. Il eut à lutter contre des retards imprévus, contre des difficultés sans cesse renaissantes, que la volonté nettement exprimée du souverain fit évanouir comme par enchantement. Napoléon aimait Ossian : il voulait l’applaudir au théâtre. La première représentation eut lieu le 10 juillet 1804 (21 messidor an XII) non pas, comme on l’a dit, au Théâtre de la République et des Arts, mais à l’Académie impériale de musique, car tel était depuis six jours (le 15 messidor) la nouvelle appellation de l’Opéra, qu’Ossian ou les Bardes inaugurait « d’une façon splendide ». Ce fut un grand, un glorieux succès. Par une chaleur de trente degrés, une foule énorme se pressait aux portes, et beaucoup ne purent entrer. Napoléon, accompagné de Joséphine, était arrivé presque au début ; il avait donné le signal des applaudissements. Il fit appeler l’auteur après le troisième acte, Comme jadis Jean-Jacques, Le Sueur se trouvait pris fort au dépourvu : il jugeait que sa personne négligée et sa tenue de travail lui interdisaient de se présenter devant son souverain ; non que sa mise fût volontairement sans-façon par vanité plébéienne, mais il venait de passer plusieurs nuits et plusieurs jours au travail, avec ses décorateurs, ses machinistes, ses musiciens et sesinterprètes. Comme on représentait à l'Empereur que Le Sueur ainsi fait n’osait se montrer : « Je sais ce que c’est qu’un Jour de bataille, répliqua-t-il, et je ne prends pas garde ce jour-là à la tenue de mes généraux. » Et l’auteur dut comparaître : « Monsieur Le Sueur, lui dit Napoléon, je vous salue. Venez assister à votre triomphe. Vos deux premiers actes sont beaux, mais le troisième est incomparable :, »
1. Raoul Rochette, Eloge de Le Sueur,1844. Nolabililés contemporaines, notice sur Le Sueur. Berlioz, Les Soirées de l’Orchestre, 4° éd., 1884, p. 255.
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« Les Bardes » opéra de Le Sueur 56:
— « Vivement ému d’un pareil suffrage, et des cris et des applaudissements qui éclataient de toutes parts, Le Sueur voulait se retirer; Napoléon le prenant par la main le fit avancer sur le devant de sa loge, et, le plaçant à côté de lui: — Non, non, restez ; jouissez de votre triomphe ; on n’en obtient pas souvent de pareils’. » Le lendemain, Le Sueur vit arriver Duroc, qui venait lui apporter, d’abord la croix de la Légion d'honneur, puis une tabatière en or, où étaient gravés ces mots : L'Empereur des Français à l'auteur des Bardes *, et qui contenait six billets de mille francs. Six mois plus tard, une somme égale lui était accordée, en raison du succès persistant de sa pièce ; et quand l'Empereur, quelques années après, lui donnait 2400 francs « pour le papier » qu’il avait employé à écrire ses vingt-deux messes et oratorios, c’est encore l’auteur des Bardes qu’il récompensait de façon délicate. Il faisait à Erfurt, devant les souverains et les princes de l’Europe, l’éloge de l’œuvre dans les termes les plus chaleureux. Un jour, il interpelle Le Sueur par les mots d’ «illustre Barde ! » et avec sa brusquerie coutumière lui demande pourquoi il n’écrit plus. L'auteur d’Ossian lui répondant qu’il ne trouve pas de collaborateur pour certaines paroles, il lui indique Baour-Lormian. Le Sueur reçut aussi un brillant, pour son opéra, de la reine Louise de Prusse, Napoléon et Joséphine signèrent son contrat de mariage, faveur qu'il obtint seul des écrivains ou artistes de son temps.
Le succès des Bardes se prolongea. La pièce fut jouée souvent de 1806 à 1811, remise à la scène le 31 mai 1814, Jouée encore en 1815 reprise le 29 septembre 1817 ; en tout soixante-sept représentations, « un des plus grands succès que l’Opéra ait jamais eu à enregistrer * ». C’est lesuccès des
rapporte ainsi ces paroles : « Monsieur Le Sueur, voilà de la musique entièrement nouvelle pour moi, et fort belle ; votre second acte surtout est inaccessible.» Le Sueur, qui avait étélongtemps son maître, lui avait raconté dix fois cette soirée mémorable. Le mot inaccessible est aussi dans le texte des Notabilités contemporaines. Si étrange que fût le français de Napoléon, ce mot étonne ; mais c’est probablement le mot exact: Raoul Rochette dans son éloge académique l’aura traduit pour ses auditeurs.