Journal des Arts
L'Ossian de Girodet 577
et discrets comme Ducis, elle n’a guère recueilli que des approbations,sans exciter l’enthousiasme. C’est « une composition sage et heureuse, dont l’effet est charmant t ». Ce Jugement résume à peu près l'opinion de la critique.
On peut trouver quelque ressouvenir du commerce de Gérard avec Ossian dans les costumes qu’il dessina pour Les Scandinaves de Victor *. C’est bien peu de chose ; tout au plus Suénon, roi de Scanie, avec son tartan, a-t-il l'air assez écossais ; mais nous sommes en 1824, et cette Ecosse n’estelle pas plutôt celle de Walter Scott ?
L’honneur de donner un pendant au tableau de Gérard échut à Girodet. Le premier se contentait d'évoquer la poésie mélancolique de la légende ossianique. « Girodet a jugé, peut-être avec plus de finesse, qu’un tableau destiné pour le Premier Consul devait être un monument national *. » Il prit donc sa tâche très au sérieux, conçut un projet nouveau, hardi, difficilement réalisable ; ferma son atelier pendant un an, et consacra à ce grand ouvrage « quinze mois d'immenses travaux médités et accomplis HA la retraite‘ ». Il ne l’acheva que vers ‘le milieu de 1802. Le 25 juin, il écrit au Premier Consul 5 pour lui offrir « l’apothéose des héros que la France regrette >» et l’inviter à venir voir le tableau dans son atelier. Il croit devoir s’excuser des dimensions et du caractère de son ouvrage : « L'importance de mon sujet m’a fait oublier que je n’étais chargé de peindre pour la Malmaison qu’un tableau d'agrément. » Les architectes ont jugé que « l’effet en serait détruit dans le lieu qui lui était assigné ». Nous allons voir qu’en effet ce