Noël, Dictionnaire de la Fable
obligé d'inventer jusqu'aux costumes *. » Moins réservés que l'artiste, les critiques ne tarissent pas d’éloges sur l’exécution. « La figure d’Ossian est belle, et son action véritablement pathétique *. » On admire surtout le faire ingénieux et hardi avec lequel ont été traitées les ombres des guerriers, « la légèreté et la transparence des corps plongés dans un air subtil * », cette substance « poreuse, pénétrable « » dont ils sont faits, si convenable à « des êtres intermédiaires ® », à «. des corps dont la vie est comme effacée * ». Lui seul a su peindre « des âmes sans corps, tandis que tant d’autres... ne voient et ne font que des corps sans âme * ». On admire l’habileté avec laquelle l'artiste a su faire « contraster ces espèces d’ombres-corps en leur opposant dans ce même tableau des corps réellement animés ® ». Il y avait aussi une grande difficulté à mêler « à ces belles têtes de bardes, à ces jeunes filles pleines de grâce et de pudeur” » les uniformes des généraux français. Le peintre a su éviter cet écueil. [I a massé les guerriers modernes en deux groupes, et a voilé l’éclat du premier par « cette lumière vaporeuse qui éteint l’éclat des chairs et des vêtements sans leur rien faire perdre de leur harmonie ‘ ». Il a su en effet répandre comme il fallait « cette lumière de météores, la seule qu’on connaisse au séjour des nuages », dit toujours le même critique, qui a l'air très renseigné sur ce dernier point. En somme, « exécution enchanteresse ” », De tout cela, ni la description ni la gravure ne nous donnent la moindre idée.
Ce n’était pas tout à fait l’avis du prince des peintres contemporains, de David. Quand il alla au Louvre voir l’Ossian que Girodet venait de terminer, celui-ci n’entendit tomber de la bouche de son maître que des éloges à double
£ Œuvres de Girodet, II, 277.
. Publiciste, 1802.