H. de Valori, La Peinture
7. Nouvel Almanach des Muses, 1803, p. 103: À M. Girodet, après avoir vu son tableau ; et Œuvres de Saint- Victor, p. 328.
Il y a encore deux quatrains de cette force. Le même Saint-Victor dédie à Girodet l’opéra d’Urhal dont il a écrit les paroles.
Je vous dédie, mon cher Girodet, une faible esquisse de ces héros dont vous avez tracé des images immortelles. Le grand Fingal, ses fils, Gaul, Dermid, s'ils ont jamais existé, ressemblaient sans doute aux nobles caractères que vous avez créés. Ils devaient réunir aux nobles proportions des héros d'Homère je ne sais quoi de sauvage et de barbare qu’on sent plus qu’on ne peut l’exprimer. Ce mélange de rudesse et de beauté, votre pinceau a su le rendre avec une perfection qui vous a valu la critique haineuse des envieux et l'admiration de tous ceux qui peuvent apprécier les grandes productions des beaux-arts".
Il faut croire que l’admiration pour le tableau avait été surtout de mode et de circonstance, car je trouve, vingt ans après, un poème * et une ode * adressés à Girodet, où son Ossian n’est même pas mentionné, tandis que son Afala y figure avec éloge.
Faut-il conclure sur l’Ossian de Girodet sans le connaitre qu indirectement et traduit par le graveur ou commenté par les critiques ? Nous n’aurions qu’à reprendre les fines observations de M. Henry Lemonnier. Disons seulement que ce tour de force plus ingénieux que séduisant n’était pas ce qu'il fallait pour populariser vraiment et rendre sympathiques au grand public les fictions d’Ossian. Cette mascarade épique et nébuleuse, qui visait ouvertement au sublime, ne choisissait qu'un seul aspect du monde ossianique, le plus mythologique et le moins fait pour plaire et pour toucher. Elle le mélangeait d'éléments contemporains et réalistes, qui faisaient voisiner la toile tantôt avec l’anecdote qui amuse, tantôt avec la caricature qui fait rire. Si Ossian vaut quelque chose, c’est comme élégiaque : pas trace d'élégie dans Girodet. Les vrais amis du Barde, comme cette époque en comptait beaucoup, ont dû être déçus et choqués. L’Ossian de Gérard, malgré ses défauts, était autrement expressif et sympathique.