Œuvres de Girodet, I, 152 : Le Peintre, poème, chant IV
det qui a figuré à l’exposition des œuvres de David et de ses élèves, au Petit Palais, en avril et mai 1913. Le catalogue l'appelle Etude pour les funérailles d’Atala.Une jeune femme est étendue, morte ; un vieillard, placé derrière elle, soutient sa tête. On comprend qu’un coup d’œil superficiel, et surtout le nom de Girodet, aient fait de cette toile un premier état du tableau populaire de ce maître, Mais cette interprétation ne résiste pas à l’examen, et l’ossianisant le moins familier avec Fingal sait au bout de peu de temps à quoi s’en tenir ‘. D’abord, la jeune femme ne porte aucun symbole chrétien : pas de croix sur sa robe ; rien de spécialement américain dans son vêtement. En second lieu, le vieillard paraît aveugle ; il n’a point de capuchon, et pas de croix non plus ; son front est ceint d’un bandeau de plusieurs couleurs ; ses cheveux et sa barbe abondante se conforment au type reçu pour Ossian ; il n’a aucune tonsure : il n'évoque nullement l’idée du Père Aubry. Enfin et surtout, il y a un troisième personnage : une figure d'homme jeune, comme estompée de brume, touche du doigt le corps de la jeune femme, et tient une épée qui a l’air faite de nuage ou de brouillard. Cette épée ne laisse aucun doute : c’est le glaive de brouillards d’Ossian. Toute sa personne d’ailleurs est irréelle et diaphane : c’est bien la « peinture de cristal > dont parlait David. Je n’hésite pas à dire que ce tableau représente Ossian recueillant le dernier soupir de Malvina, qu’'Oscar son époux rappelle au séjour des héros.Rien d’étonnant à voir Girodet toucher à Ossian une seconde fois ; ou peut-être a-t-1l pensé à ce sujet avant de se décider pour sa grande œuvre.
Combien d’ailleurs l’ossianisme a préoccupé Girodet avant et après l’exécution de sa grande toile, on peut s’en convaincre par l’examen de ses dessins *. On y trouve, avec la date de 1802, une esquisse assez poussée de son tableau. On nous signale les différences suivantes : la Victoire manque; par contre, dans la partie supérieure du tableau, des figures offrent des couronnes aux guerriers français ; Ossian a un
1. Je dois les plus vifs remerciements à M. Léon Rosenthal, qui a attiré mon attention sur ce tableau, qu’il avait au premier coup d’œil retiré à Chateaubriand pour le restituer à Ossian.