Sainte-Beuve, Portraits Contemporains
Sénancour 605 .
cation est précieuse, bien qu’étonnante en un sens :comment J.-J. Ampère, né en 1800, pouvait-il « former un groupe » avec « le jeune » Sénancour, né en 1770 ? Je n’ai rien pu trouver de précis sur l’ossianisme de ces divers amis de Senancour, sauf Ampère, que nous retrouverons à son heure,
L'influence d'Ossian est partout sensible dans Obermann. Ces fantômes de la jeunesse, schwankende Gestalten, que Gœthe évoquait avec des mots d’une sereine mélancolie, ils apparaissent aussi au pèlerin rêveur, au plus profond de sa solitude alpestre, à Imenstrôm. Mais qu’on prenne garde à la forme qu'ils revêtent :
Les fantômes sont restés: ils paraissent devant moi ; ils passent, repassent, s’éloignent comme une nuée mobile sous cent formes pâles et gigantesques !.…
Et plus loin il les aperçoit « au milieu des ombres errantes, dans l’espace impalpable et muet ». Et ne viennentils pas d’Ossian également, ces « esprits des héros », ces « âmes des ancêtres », qui peuplent les nuages, qui «errent sur les tombeaux silencieux », et qu’on « entend gémir dans les airs pendant la nuit ténébreuse » ? Et l’auteur s’écrie : « Quelle patrie pour le cœur de l’homme » que le pays qui a ces croyances !
Dans un passage curieux, Obermann oppose la vie passive et monotone du désert oriental avec celle des barbares du Nord. Le tableau qu’il se plaît à tracer est presque entièrement emprunté à Ossian, au moins pour la couleur et le style :
Mais les rochers moussus s’avancent sur l’abîme des vagues soulevées. Sur l'Océan tranquille, les filles des guerriers chantent les combats et l'espérance de la patrie... On entend des voix humaines au-dessus des rochers, et des gouttes froides tombent du toit. Le Calédonien s’arme, il part dans la nuit, 1l franchit les monts et les torrents, il court à Fingal ; il lui dit: Slisama est morte.
Slisama figure bien dans Dar-thula, mais on ne trouve dans le poème rien de ce que Sénancour nous raconte. Le Nord est donc plus poétique que les pays chauds : à