Sénancour, Obermann, 1804, p
lui appartiennent «l’héroïsme de l'enthousiasme, et les songes. gigantesques d’une mélancolie sublime ». Plus particulièrement, le barde Ossian est l'égal des grands aèdes légendaires de la Grèce héroïque : « La Grèce eut Orphée, Homère, Epiménide ; la Calédonie, plus difficile, plus changeante, plus polaire et moins heureuse, produisit Ossian !. » Il est du petit nombre des grands hommes parmi lesquels la suprême ambition de tout écrivain serait de prendre rang : « Imaginer que l’on pourra être à côté de Pythagore, de Plutarque ou d'Ossian, dans le cabinet d’un L** futur *, c’est une illusion qui a de la grandeur, c’est un des plus nobles hochets de l’homme *, »
Vingt ans plus tard, Sénancour considérera Ossian d’un
tout autre point de vue. On est aux débuts de la bataille
romantique ; il s’agit de tracer sur la carte de l’Europe les domaines distincts de la littérature classique et de la littérature romantique. Sénancour, en juge impartial et en esprit ouvert, s’y essaie; il croit remarquer, contrairement au système trop absolu de M°:° de Staël, que la poésie chevaleresque n’est pas exactement celle du Nord : elle est intermédiaire :
Les institutions et les maximes chevaleresques... tout en appartenant à l'inspiration romantique, ont formé une sorte de lien entre le merveilleux des Sarmates ou des Scandinaves, et celui de l’Hellénie et de l’Ausonie, entre Ossian et Virgile, entre Sophocle et La Huerta*.
L'auteur tenait sans doute à cette phrase, car il l’a reproduite dans une note de ses Réveries *. Il ne l’a pas rendue plus claire, au moins en ce qui concerne La Huerta. Est-ce l’auteur de Raquel ou l'éditeur du Teatro Español qui mérite d’être opposé à Sophocle ? et comment, de toute façon, l’estimable et malchanceux académicien de Madrid peut-il être rangé parmi les « Sarmates » ou les « Scandinaves » ?