Id., Les Proscrits
vent, l'onde qui murmure... >» A la même époque, pour donner la plus haute idée de son ami Maurice Quaï(ou Quay), il lui prête « le génie d’Ossian ‘ ». En 1803 il écrit Le Peintre de Salzbourg. Charles Munster, cet émule de Werther, a Ossian comme livre de poche. « Voulais-je partir? J’avais tout oublié,mon papier,mescrayons,et mon Ossian*. » A ses sentiments, à ses images, à son style, on voit que c’est un familier du Barde.Octobre, qui est un mois ossianique entre tous, va l’inspirer, comme il inspirait Werther :
C’est alors qu’on préfère à la pompe radieuse du soleil les
douces clartés de la lune et les mystères de la nuit... la triste
nudité de l'hiver, les bises froides et les noirs frimas.… Ainsi... mon âme... s’égara dans les demeures de la mort,et, sous les gémissements de l’aquilon, elle aima les ruines, l’obscurité, les abîmes….
A travers les voiles grisâtres et les nuées formidables dont il est enveloppé, on prendrait le soleil pour un météore qui s'éteint *.
Le météore contresigne ce passage. A la même époque, Nodier écrivait ou révisait les poésies qui parurent en 1804 sous le titre d’Essais d’un jeune Barde x. Ce petit volume
marque l'apogée de son ossianisme, bien que la Bible et Gœthe
linfluencent ici encore plus souvent qu’Ossian. Et celui-ci se trouve mélangé à des éléments tout autres. Dans la première pièce du recueil, Halte de Nuit ‘, qui a pour épigraphe quatre lignes d’ Ossian, on observe un curieux mélange de toute une phraséologie usée, Muse, Flore, Aonide, Zéphyr, lyre d’or,avec l'esprit des déserts, la lune au sommet d’un nuage livide, et des vers comme ceux-ci :
Sous sa main nébuleuse une harpe ébranlée Marie à ses accords de longs frémissements.