‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 314 sur 512 · Jules Lemaître, Chateaubriand, p · texte numérisé non relu

Jules Lemaître, Chateaubriand, p

La jeunesse de Chateaubriand 615

quoique Macpherson et Smith aient écrit en prose, on peut se montrer plus affirmatif. Il est évident, pour quiconque étudie Chateaubriand d’un peu près, qu’il a subi l’influence d’Ossian dans une si forte mesure que nul en France, j’en- . tends nul des grands, n'en a été touché aussi profondément, - à l'exception peut-être du seul Lamartine.

Avant toute initiation ossianique, Chateaubriand portait en lui des tendances profondes qui le préparaient à sentir ! eue la poésie du Barde dès qu’elle lui serait révélée. - Son enfance indisciplinée, sauvage et solitaire, ses courses » fougueuses ? à travers les landes, les bruyères, au bord de la = mer écumeuse et sur les HE déserts, son aspiration au . lointain, au vague, à l'inconnu, tout concourait à le mar- - quer pour cette influence. En ce sens, Lamartine a raison de dire de lui: « Il était l’Ossian RUE il en avait dans “4 imagination le vague, les couleurs, l’immensité, les cris, » les plaintes, l’infini ‘. » Nous ignorons d’ailleurs quand il connut Ossian pour la première fois. Il le nomme avec Werther, les Réveries d’un promeneur solitaire, les Etudes de la Nature, parmi ceux qui, dit-il, « ont pu s’apparenter à mes idées ? ». Il le lut probablement dans Le Tourneur et peu de temps après l’apparition de cette traduction, s’il faut croire à son propre récit. À Combourg, pendant « le délire de deux années entières », lorsqu’ al se forge une « sylphide » idéale, faite de tous les types de beauté féminine qu’il imagine et rassemble, « les ombres des filles de Morven » s'évoquent à son rêve ardent aussi bien que « les sultanes de Bagdad ou de Grenade, les châtelaines des vieux manoirs ‘ »,

Ossian n’a pas explicitement inspiré ses poésies de jeunesse, ses Tableaux de la Nature, souvent classiques et versifiés agréablement à la mode de Louis XVI, ailleurs tout frémissants déjà d’une inquiétude romantique. Sa rèverie est parfois de celles que n’ont connues ni Jean-Jacques

mi Bernardin. Assis devant les flots immenses, il suit dans les cieux la pâle étoile du crépuscule, il écoute la voix des vents :

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