‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 320 sur 512 · Génue du Christianisme, 1° partie, livre VI, ch. vi · texte numérisé non relu

Génue du Christianisme, 1° partie, livre VI, ch. vi

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Ossian romantisé par Chateaubriand et à qui il donne son âme errante et inquiète ; c'est René, comme c'était Werther, comme c'est le vieux Faust, comme ce sera Childe Harold ou Manfred. C’est, exprimée en passant par un de ceux qui ont su lui donner une forme éternelle, l’aspiration romantique, toute proche encore de sa source ossianique, lui empruntant sa sève et sa vigueur, lui devant cette forme qu'elle a revêtue dans des esprits si grands et si divers, toujours différente et toujours une en son fond. Ossian n’a pas créé le mal du siècle, pas plus que Rousseau n’a créé l’amour des champs et de la solitude ; mais il a donné une forme à des sentiments qui n’attendaient que l’occasion et le moyen de s'exprimer *.

Ces croyances si poétiques, les Barbares les ont pourtant abandonnées. De leur conversion au christianisme, le peu chrétien auteur de l’Essai invente une raison saugrenue, mais extrêmement caractéristique de l’influence qu’exerçait Ossian sur sa pensée. Après avoir consacré quinze lignes à résumer de manière assez heureuse le paysage ossianique, il continue en disant :

A mesure qu'ils émigraient vers le sud... un ciel rasséréné ne leur montrait plus dans les nuages les âmes des héros décédés.. Le vent du désert avait cessé de soupirer dans l'herbe flétrie, et autour des quatre pierres moussues de la tombe ; enfin, la religion de ces peuples s'était dissipée avec les orages, les nues et les vapeurs du Nord ?.

Et voilà comment les Barbares sont devenus chrétiens : ce n’est pas plus difficile que cela, mais il fallait le trouver ; et sans Ossian, comment aurait-on fait ? Le Nord et l’Orient, ces deux déserts opposés l’un à l’autre et s’opposant ensemble à l’Occident chrétien, c’est encore une des idées dominantes du Génie, et que l’auteur tient à présenter dès son Introduction :

Les ruines de Memphiset d'Athènes contrastent avec les monuments chrétiens, les tombeaux d'Ossian avec nos cimetières de campagne *.

1. Cf. P. Van Tieghem, Le Sentiment de la Nature (Revue du Mois, 1906, II, p. 426).

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