‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 322 sur 512 · Génie du Christianisme, 4° partie, livre II, chapitre · texte numérisé non relu

Génie du Christianisme, 4° partie, livre II, chapitre

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parvient à son oreille ; souvent le zéphyr, dans sa course, emporte le son léger, mais bientôt 1l revient encore. |

Parfois, au contraire, ces ruines sont chrétiennes, mais elles n’en sont pas moins mélancoliques :

Sous un ciel nébuleux, au milieu des vents et des tempêtes, au bord de-cette mer dont: Ossian a chanté les orages, leur architecture gothique a quelque chose de grand et de sombre, comme le dieu de Sinaï, dont elle perpétue le: souvenir. Assis sur un autel brisé, dans les Orcades, le voyageur s'étonne de la tristesse de ces lieux ; un océan sauvage, des syrtes embrumées, des vallées où ee la pierre ie tombeau, des torrents qui coulent à travers la bruyère *.

Mais tous les autels ne sont pas brisés dans les Orcades ou dans les Hautes-Terres : 1l en est sur lesquels le christianisme a dressé la croix, et c’est dans René qu'on trouve le tableau de cette métamorphose de la terre d’Ossian :

Maintenant la religion chrétienne, fille aussi dés hautes montagnes, a placé des croix sur les monuments des héros de Morven, et touché la harpe de David au bord du même tor: rent où Ossian fit gémir la sienne. Aussi pacifique que les divinités de Selma étaient guerrières, elle garde les troupeaux où Fingal livrait des combats, et elle a répandu des anges de paix dans les nuages qu’habitaient des fantômes homicides ?.

Il n’y a pas de divinités de Selma, et l'auteur, qui possède pourtant assez bien son Ossian, cède au Slessir de faire une antithèse qui est plus qu’une fausse fenétre, et de placer dans Morven les dieux scandinaves.

Ce cher asile de ses rêves, ce pays mystérieux que Chateaubriand n'a pu voir, René le visitera pour lui, et s’y enivrera de silence et de mélancolie, On ne se lasse pas de citer l’enchanteur :

Sur les monts de la Calédonie, le dernier Barde qu’on ait oui dans ces déserts me chanta les poèmes dont un héros consolait jadis sa vieillesse. Nous étions assis sur quatre pierres rongées de mousse ; un torrent coulait à nos pieds; le chevreuil

1. Génie du Christianisme, 3° partie, livre V, chapitre v. 2. René.

Citations et réminiscences d'Ossian 629

paissait à quelque distance parmi les débris d’une tour, et le vent des mers sifflait sur la bruyère de Gona ‘,

Même quand il ne cite pas nommément Ossian, ou qu il ne fait pas de ses chants Je thème de sa rêverie, cp briand laisse paraître à certaines touches de son srl combien il est imprégné de cette puissante influence. Il à d’a-

bord des expressions caractéristiques, comme, dans Afala

ou ailleurs : /a fille de l'exil, l’homme du rochek, l’homme des anciens jours, pour dire : une exilée, un religieux solitaire, un vieillard. Je me souviens que tant que je n’eus pas

Ju Ossian, cette dernière expression resta pour moi pleine d’obscurité ; et si je voyais bien qui elle désignait, je n'en

percevais pas l’exacte valeur. Ailleurs ce sont des rencon-

tres plus particulières, comme dans le chant d'Afala, dont

le refrain semble une réminiscence de certains refrains osslaniques : « Heureux ceux qui n’ont point vu la fumée des fêtes de l'étranger, et qui ne se sont assis qu’aux festins de leurs pères? ! » Il y a dans cette phrase, répétée quatre fois comme un thème directeur, une inspiration combinée de la Bible, d'Homère et peut-être de Dante. Sans Ossian, Chactas dirait-1l : « Un vieillard avec ses souvenirs ressemble au chêne décrépit de nos bois * » ? Et René : « Les sons que rendent les passions dans le vide d’un cœur solitaire ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d'un désert. » Et surtout : « Tantôt j'aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuages et des fantômes‘... » C'est René jeune, et c'est Chateaubriand adolescent dans les landes de Combourg. On voit combien a été profonde et permanente l'influence d'Ossian sur lé paysage de Chateaubriand, et comme un PTS récent a tort de réduire cette influence presque à rien *, Et quand Chateaubriand moralise en son propre nom, c’est à Ossian encore qu'il emprunte une image : «L'homme ici-bas ressemble à l’aveugle Ossian assis sur les tombeaux

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