‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 324 sur 512 · Les Martyrs, livre IX · texte numérisé non relu

Les Martyrs, livre IX

5. Alph. Viollet, Velléda, épisode. tiré des Martyrs de M. de Chateaubriand, 1820, p. 4.

6. Souvenir des Ménestrels, 1814, p. 38: paroles et musique de P. Hédouin.

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Chateaubriand critique littéraire 631

Morven, bien qu'aucune n'ait, tant s’en faut, cette fière allure et ces dons prophétiques.

Par contre, l'influence d'Ossian est certaine dans quelques pages des Naichez. L'ouvrage, dans son état primitif, est contemporain de la plus grande ferveur ossianique de Chateaubriand. Il offre des passages qui dérivent directement de la lecture d’Ossian, comme ceux qu'a déjà cités mon devancier. C'est le vieux Chactas déplorant sa vieillesse et la décadence de ses forces, ou disant : « Un Jour j'étais assis sous un pin ; les flots étaient devant moi ; je m’entretenais avec les vents de la mer et les tombeaux de mes ancêtres, » C’est l'hymne à la lune, qui présente, comme le dit M'*Tedeschi, « quelques accents des nocturnes ossianiques ». « Quelques accents » est même trop peu dire : « La mélancolie est devenue ta compagne... soit que tu te plaises à errer à travers les nuages, soit qu'immobile dans le ciel, tu tiennes tes yeux fixés sur les bois... O lune ! que tu es belle dans ta tristesse !.., » C’est tout à fait de l’Ossian senti de nouveau par le jeune Chateaubriand. Certaines expressions sont ossianiques : « Je n'étais pas courbé vers la terre comme aujourd’hui, et mon nom retentissait dans les forêts. Mes os. reposeraient mollement dans lacabane de la mort.» Il n’y a pas à cetégard de sensible différenceentrel'épopée, première partie des Natchez,etlasimple narration quilacontinue.

Tous ceux qui exercent la critique littéraire ont certains souvenirs d'études ou de lectures qui les fournissent d’exemples et qui étayent leurs jugements, et ce fonds varie selon les époques et selon les hommes. Chateaubriand, dont la lecture n'est pas très étendue, revient surtout à Homère, à Virgile, auprès desquels Da figure en bonne place. Dans son Génie du Christianisme, dans sa Littérature anglaise, dans quelques articles critiques qu'il donne sous le Consulat et au commencement de l’Empire, Ossian, qu’il croie ou non à l’authenticité de ses poèmes, lui fournit fréquemment des rapprochements d’autant plus indiqués que

les écrivains qu’il s’agit d'apprécier rappellent par quelques traits les poèmes du Barde. S'il rend compte du poème de Michaud, Le Printemps d’un Proscrit, après avoir cité du grec d'Homère, du latin de Virgile, parce que ces auteurs ont « aimé à peindre les malheurs de l’exil », il va chercher dans Carthon un exemple plus neuf, dont il cite le texte.et donne la traduction :

Ossian a peint avec des couleurs différentes, mais qui ont aussi beaucoup de charmes, une jeune femme morte loin de son pays, dans une terre étrangère: There lovely Moina is often seen .. « Quand un rayon de soleil frappe le rocher, et que tout est obscur alentour, c'est là qu’on voit souvent l'ombre de la charmante Moïna ; on l’y voit souvent, 6 Malvina, mais non telle que lés filles de la colline. Ses vêtements sont du pays de l'étranger, et elle est encore seule t. »

Chateaubriand ajoute un mot « l’ombre de Moïna » ; sans quoi le lecteur peu familier avec Ossian ne comprendrait pas ce passage ainsi présenté. Moïna, la mère de Carthon, est morte depuis longtemps. LED

Dans le Génie, abordant avec cette intrépidité qui n’appartient qu'aux grands poètes une des questions les plus ardues du folklore et de la littérature générale, il prétend montrer que les peuples situés hors du monde gréco-romain ont connu la poésie descriptive, parce que leur mythologie n’usait pas de l’allégorie. Il rappelle à l’appui de cette idée les poèmes sanscrits, les contes arabes, l’Edda, les chansons des nègres et des sauvages. En note, à côté de Sakuntala, on trouve, avec le titre général de Poésie Erse (dénomination rare dans Chateaubriand) un morceau du Chœur des

Bardes, ou, pour restituer le vrai titre, de la Description d'une nuit d'octobre dans le nord de l Ecosse que Le Tourneur avait traduite d’après les premières éditions de Macpherson. Il cite seulement l’anglais : le morceau, qui a deux pages, est en effet bien choisi pour, donner l'idée d’un merveilleux fait de spectres et de souffles mystérieux. Mais il n'ajoute pas que Macpherson donne ouvertement ce poème comme composé plus de mille ans après Ossian ; et s’il en est ainsi, si ce fantastique date du x ou du x1v° siècle,

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