‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 325 sur 512 · Œuvres, VI, 456 (janvier · texte numérisé non relu

Œuvres, VI, 456 (janvier

Homère et Ossian 633

quelle valeur documentaire offre-t-il pour pénétrer les croyances des anciens peuples du Nord ? Le texte est trop long pour que Chateaubriand l’ait pu reproduire de mémoire : il l'a transcrit d’après son Ossian, édition de 1765 très probablement ; la note de Maophersod qui est au bas de la première page, et sous le passage même qu'il copiait, n'a pu lui échapper. Mais l’auteur du Génie avait envie, non seulement de citer un beau passage, ce qui est légitime, mais de le donner pour preuve de son système ; pour le faire, il n’a pas hésité à omettre ce qui retirait toute valeur à son argument.

Chateaubriand na pas une culture classique fort étendue : comme Lamartine, comme Hugo, comme la plupart des, grands artistes, il s’en tient à quelques noms et à quelques textes très peu nombreux qui l’ont une fois frappé profondément. Il aime à citer Homère pour quelques. passages toujours les mêmes ; il le rapproche d’Ossian, en rappelant qu'ils chantent tous deux « les plaisirs de la douleur, xevepoioirerapruuesx yécie, he joY of grief». IL n'existe à vrai dire aucune espèce d’analogie, autre que verbale, entre les deux expressions. Au pays brumeux des Cimmériens, au bord de la fosse où les morts viennent s’abreuver tour à tour d'un sang chaud et vivifiant, Ulysse aperçoit sa mère parmi les ombres vaines. Elle s'entretient avec lui, elle lui dit, en des termes sobrement pathétiques, que ce n’est ni la vieillesse ni la maladie, que c’est le regret de son fils qui l’a jetée chez Hadès. Avant de la quitter encore, et cette fois à jamais, Ulysse voudrait l'embrasser longuement ; trois fois il s’y efforce, et ne saisit qu'une ombre inconsistante. Alors il déplore de ne pouvoir « se rassasier de larmes et de gémissements ». Ce qu’il entend par là, c'est cette dérivation presque physique qu’apportent à la douleur les effusions et les larmes. Il voudrait se rassasier,réom:0ûou ; ce mot n'évoque nullement l'idée de « plaisir » comme le croit Chateaubriand. L'émotion qui saisit Ulysse aux dernières paroles de sa mère, est trop. cruelle, s’il ne peut pleurer librement dans les bras et contre le sein de celle qui l’a enfanté. La nuance de sentiment qu'exprime Macpherson

. Génie du Christianisme, 2° partie, livre V, chapitre xv.

est d'espèce et d’origine toute différente: il s'agit ici de ce que peut avoir de doux le ressouvenir des tristesses passées, lorsque le calme et la paix sont revenus habiter l’âme, mais seulement alors ; cela est dit expressément dans le passage même de Croma où Chateaubriand a pris ces quelques mots, et qu’il est utile de citer :

Thy song is lovely ! It is lovely, O Malvina, but it melts the soul. There is a joy in grief, when peace dwells in the breast of the sad. But sorrow wastes the mournful, O daughter of Toscar, and their days are few !

L’idée est fort claire, et avec ses plaisirs de la douleur et son vers de la Néxv:, Chateaubriand ne fait que l’obscurcir et la fausser. Et je laisse à juger ce que cette idée vient faire dans le Purgatoire, à propos duquel l’auteur déploie ce luxe de citations !

Même rapprochement entre la poésie grecque et Ossian dans la Préface de 1826 aux Poésies galliques.de sa jeunesse ; mais cette fois, comme de juste, le Barde a le dessous, et n’est bon qu’à fournir une de ces images hardies où se plaisait l’artiste vieillissant :

OŒdipe et Antigone sont les types d'Ossian et de Malvina, déjà reproduits dans le Roi Lear. Les débris des tours de Morven, frappés des rayons de l’astre de la nuit, ont leur charme; mais combien est plus touchante dans ses ruines la Grèce éclairée, pour ainsi dire, de sa gloire passée:.

Une autre fois, c'est Virgile qui devient en quelque manière l'Ossian de l’antiquité :

On croit généralement que ces images mélancoliques, empruntées aux vents, à la lune, aux nuages, ont été inconnues des anciens; il y en a pourtant quelques exemples dans Homère, et surtout un charmant dans Virgile.

Et il cite la comparaison lunaire qui se trouve dans le VI: livre de l’Enéide, à propos de Didon.

On retrouve ici Ossian dans Virgile ; mais c’est Ossian sous

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