Œuvres, III
Young et Beattie 635
le ciel de Naples, sous un ciel où la lumière est plus pure et les vapeurs plus transparentes 1.
On voit à quel point Chateaubriand, qui se détache déjà du Nord, qui deviendra bientôt l’auteur des Martyrs et. de l’J{inéraire, conserve Ossian à l’arrière-plan de sa pensée.
En 1801, il a deux importantes occasions de parler d’Ossian. Quand il étudie Young, il sent se réveiller en lui la vieille raison classique : « Sans le goût, le génie n’est qu’une sublime folie *. » Ce Young si vanté lui paraît surfait : il lui préfère Hervey, son frère en poésie sépulcrale, Ossian, Milton, Beattie, et même Chaulieu, qu’on s’étonne de voir en si grave compagnie. Young a échoué dans la poésie des tombeaux en comparaison de Thomson et de Gray, dans l'expression du malheur en comparaison de Virgile, de Gilbert et de Parny. A son style vague et ampoulé il faut préférer la simplicité touchante du Barde : « Ossian se lève aussi au milieu de la nuit pour pleurer ; mais Ossian pleure... » ; et il cite huit lignes de Berrathon où le vieillard aveugle prie le « fils d’Alpin » de le conduire « à ses bois ». Et il conclut en disant : « Voilà des images tristes ; voilà de la rêverie. »
L'article sur Beattie et son Minstrel*est intéressant. D’une lecture attentive de cet article et surtout de la traduction très étendue ‘ que Chateaubriand donne du poème anglais, on garde l’impression que ce René si fougueusement rêveur, et, à travers René, ses innombrables descendants littéraires, que le Chateaubriand jeune des premiers livres des Mémoires, doivent beaucoup au Minstrel. Beattie « a touché une lyre qui rappelle un peu la harpe du barde » ; et, le poète ayant perdu son fils, Chateaubriand le rapproche d’Ossian :
Il vit sur les rochers de Morven ; mais ces rochers n’inspirent plus ses chants : comme Ossian qui a perdu son Oscar, il a suspendu sa harpe aux branches d’un chêne*.