Ib., VI, 399 (juin
‘4, Voir aussi Le Spectateur du Nord, XXIII, 248 (août 1802).
5. Chateaubriand a utilisé trois fois cette phrase : Œuvres, VI, 405 (article sur Beattie, juin 1801), et XI, 777 (Essai sur la Liltérature anglaise, 5° partie); Mémoires d’Outre-tombe, 11, 202.
Par ce minstrel (que le traducteur appelle roubadour) se fait le passage d’Ossian à un type moyenâgeux et déjà romantique que Chateaubriand contribuera aussi à développer.
J'ai jugé inutile de donner les références des différents passages anglais que Chateaubriand a cités ou traduits depuis son retour en France, références qu'il ne donne jamais et qu'il a fallu rechercher pour chacun d'eux. Toutes ces citations sont empruntées à l’Ossian de Macpherson. Il est certain qu’il avait laissé en Angleterre le lourd volume de Smith. On peut même, en collationnant son texte et celui des éditions successives de Macpherson, s’assurer qu’il cite d’après l’ancien texte, antérieur à la révision faite with attention and accuracy pour l'édition de 1773. Plutôt que les in-quarto de Fingal et de Temora, il a dû avoir sous les yeux l’édition en deux volumes de 1765, et c’est de cellelà que les futurs historiens de Chateaubriand devront se servir *.
D'après sa propre déclaration, l’opinion deChateaubriand sur l'authenticité d'Ossian aurait changé lors de son exil en Angleterre, et n'aurait pas changé sans peine : « Il m'a fallu passer plusieurs années à Londres, parmi les gens de lettres, pour être entièrement désabusé. Mais enfin je n’ai pu résister à la conviction, et les palais de Fingal se sont évanouis pour moi, comme bien d’autres songes *. » S'ilen est ainsi, comment expliquer que si longtemps après, pendant la période de composition, sinon de publication, du Génie et de René, il fasse état d’Ossian, non seulement comme d’un grand poète authentique, maïs encore comme d’un témoin irréfragable des âges disparus ? J'avoue ne pouvoir résoudre cette antinomie. Si « plusieurs morceaux d’Ossian sont visiblement imités de la Bible, et d’autres traduits d'Homère, tels que la belle expression the j0y of grief,
1. La Bibliothèque Nationale n’en possède que le second volume (Yn 104). 2. Œuvres, III, 651 (1801).
Chateaubriand contre l'authenticité 637
xpvspoio reraorwuecx y5ot » (car Chateaubriand est peu varié dans ses exemples) ; à quoi bon citer ailleurs, comme une chose remarquable, cette rencontre des deux poètes dans la même expression?Si « M. Macpherson est l’auteur des poésies d’Ossian », qu'est-ce que l’auteur de René venait nous raconter des tombeaux de Fingal et de ses héros ? Si enfin une preuve évidente de la fraude est la« morale parfaite » qu’Ossian « donne partout à ses héros », comment l’auteur du Génie peut-il nous dire que « le montagnard écossais. est encore brave, sensible, généreux »> parce que « ses mœurs modernes sont comme le souvenir de ses mœurs antiques » ? Et qu'on ne dise pas que Chateaubriand nie l’authenticité totale et complète, mais qu’il admire dans Ossian ce que Macpherson a pu conserver des idées, des croyances, des sentiments, des actions, du style qui appartenaient aux chants anciens, attribués au Barde. Ce serait une thèse moyenne; mais Chateaubriand se place à l’extrême gauche dans la controverse : ses expressions auraient aujourd’hui l’approbation entière des celtisants les plus radicaux dans leurs conclusions : « Macpherson, transportant en Ecosse le
barde irlandais Ossian, défigurant la véritable histoire de
Fingal, cousant trois ou quatre lambeaux de vieilles ballades à un mensonge ‘.…. » Voilà comment il s’exprime, et l’on a pu voir dans l’Introduction de cet ouvrage qu’on peut mettre des faits sous chacun des termes qu’ilemploie. Cette phrase fait plus d’honneur à l’excellence de son information qu’à la logique de ses raisonnements. Et, sauf cette dernière phrase, tous les textes critiques que je viens d’opposer aux textes
ossianiques cités précédemment sont de 1801. Faut-il ad-
mettre qu’il y a deux hommes en Chateaubriand, l’un qui sait, et l’autre qui veut oublier ? le critique averti, et le réveur ou le romancier, le poète en un mot ? et faut-il lui appliquer ce qu’il dit lui-même à propos des « traductions calédoniennes » de Tacite et de John Smith : « Les historiens mentent un peu plus que les poètes * » ? Soit, pour René ; mais est-ce dans son grand ouvrage d’apologie et de discussion qu’il devait faire taire le critique et laisser par-
1. Œuvres, XI, 506 (Littérature anglaise, 1*° partie : Tacite.. Poésies
Erses).