‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 333 sur 512 · Veillées des Muses, X11,130 (pluviôse an IX · texte numérisé non relu

Veillées des Muses, X11,130 (pluviôse an IX

CD ” e | , . = catholicisme à restaurer. Fontanes ouvrit le feu ‘. L’ossia-

niste du temps de Louis XVI, le poète du Chant du Barde, a depuis longtemps brûlé ses anciens dieux. Des quarantecinq pages qu’il consacre à l’ouvrage de M°* de Staël, il en est quelques-unes qui doivent retenir dès maintenant notre attention ; nous étudierons plus loin l’ensemble de son jugement sur Ossian.Il commence par marquer un étonnement narquois que ce soit « dans les montagnes de l’ancienne Calédonie, dans les forêts habitées par les descendants d’Arminius, que se trouve désormais le modèle du beau, et je ñe sais quel genre supérieur à tous les autres, qu’on appelle mélancolique et sombre... » D'ailleurs l’auteur de la Littérature, étant femme, ne doit pas savoir raisonner. Admirez comme c'est dit spirituellement, et comme le bel esprit de collège a dû être fier de trouver ceci :

« La vive et trop fière Comala, dit un vieux barde, veut se couvrir de l’armure des guerriers ; elle tremble sous ce poids trop pesant, et sa faiblesse l’embellit. » Mme de Staël aime les poésies erses ; ce passage lui sera sans doute connu.

Il expose ensuite la théorie de l’auteur eten montre l’importance dans l’économie de l'ouvrage, mais en forçant un peu tous les termes : « C'est une idée de prédilection ; c'est une grande découverte qu’on croit avoir faite en littérature ; c'est enfin la base d’une nouvelle poétique. » Il présente tout de suite l’objection la plus naturelle : « On n'ignore pas que les poèmes attribués au barde Ossian n’ont été découverts que dans ces derniers temps par l'Anglais Macpherson... Comment fait elle remonter si haut l'influence d'un écrivain connu si tard ? » L'Anglais Macpherson étonne sous la plume d’un homme qui a vécu quelque temps à Londres. Il ajoute avec une sévérité méritée : « Ceux qui connaissent l’histoire littéraire n’ont pas été peu surpris de voir qu'on l'étudiât avec si peu de soin, quand on prétend l’approfondir. »

1. Mercure, messidor et thermidor an VIIl; Œuvres de Fontanes, Il,

Seconde édition et réponses aux critiques 651

ne

M°* de Staël fut sensible à la critique de Fontanes. La seconde édition du livre De la Littérature (1801) était faite en partie pour y répondre. C’est du moins l'intention qu'annonce clairement l’auteur, car de réponse on n’en voit guère qui soit satisfaisante, J'entends en ce qui concerne Ossian.

La Préface, qui est consacrée à réfuter certaines objections d’ordre plus général, renvoie aux notes de l'ouvrage pour « développer » un fait « que je croyais, dit l’auteur, trop connu pour avoir besoin d’être expliqué ». Quel est ce fait? « C'est que les chants d'Ossian étaient connus en Ecosse et en Angleterre par ceux des hommes de lettres qui savaient la langue gallique, longtemps avant que Macpherson eût fait de ces chants un poème... » Pour peu qu’on soit au courant de la question, on est stupéfait de la nouveauté de ce fait, et l’on court à la note visée !. On n'y trouve rien qui développe cette extraordinaire assertion : l’auteur se contente de la répéter en en modifiant à peine les termes ; elle ne la prouve pas, et pour cause. D'ailleurs elle s’est aperçue elle-même qu’en prenant ce fait pour acquis le lecteur remarquerait que « les Ecossais et les hommes de lettres qui savaient la langue gallique » ne constituaient pas à eux seuls toute la « littérature du Nord », et se demanderait quelle avait bien pu être l’influence du Barde inédit sur tous les autres Anglais et sur les Allemands. Elle ajoute done à ces deux notes, dont la première annonce la seconde et dont la seconde répète la première, quelques phrases pour se justifier et pour modifier sensiblement, quoi qu’elle en dise, sa première idée. Ossian n'est plus pour elle que « le plus ancien poète auquel on puisse rapporter le caractère particulier à la poésie du Nord ». Les autres, qui ne l'ont pas connu, lui ressemblent, et par conséquent peuvent être considérés comme de la même famille littéraire. Il n'est plus le tronc commun, il est la branche la plus ancienne et la plus vénérable :

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