‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 339 sur 512 · FA ENT · texte numérisé non relu

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Ginguené. Boissonade 659

Ginguené a puisé toute son érudition gaélique à deux sources : le Rapport de 1805 et l’« original > de 1807. Ce qu’il offre donc au lecteur français, ce sont les conclusions de la Highland Society d'Edimbourg et de celle de Londres, habilement, mais assez superficiellement fondues en un système plausible. Plus de la moitié de sa Notice n’a d’ailleurs, même en 1810, aucune valeur essentielle: je veux parler de cette première partie où il résume l'opinion de Cesarotti, dont il fait l’éloge comme traducteur etcomme critique. Ginguené s'est laissé sans doute entraîner par sa familiarité avec les choses d'Italie à donner trop d'importance aux effusions enthousiastes du père de l’ossianisme italien. Rappelons-nous le débit de l’édition Dentu, la réputation de Ginguené, et nous comprendrons pourquoil’opinion de tant de critiques, de compilateurs, de faiseurs d’articles au cours du xrx° siècle ressemble tant à la sienne, qu’elle reproduit souvent jusque dans l'expression. Les admirateurs d’Ossian tel qu’il leur était donné, les champions del’authenticité, ont trouvé dans la Notice de Ginguené leur symbole de foi.

S1 les vues de Boissonade n’ont pas eu un retentissement aussi manifeste, nul doute que ses articles du Journal de l'Empire ‘ n’aient frappé, étonné peut-être tous ceux des 8000 abonnés qui s’intéressaient à Ossian ou qui le connaissaient de nom. Quand on les réimprima en 1863 ?, il était bien tard, et l'ouvrage d’ailleurs n’a pas dû toucher le grand public. C’est à propos de la troisième édition de Baour-Lormian que ces articles furent composés, et peutêtre en réponse à la Notice de Ginguené. Celui-cï était italianisant, Boissonade était helléniste ; l’un avait devant lui les publications ossianiques des deux sociétés de Londres et d'Edimbourg, et ne connaissait ou ne voulait connaître qu'elles ; l’autre « avoue » en finissant qu’il a « puisé dans une belle dissertation de Malcolm Laing » toute son « érudition anglaise ».

On a vu dans l’Introduction de cet ouvrage ce qu'est le travail de Laing : on devine ce que seront les articles de Boissonade. Ce que Laing dit de juste, 1l le lui emprunte,

1. Journal de l’Empire, 3 et 10 septembre 1810. 2. J.-F. Boissonade, critique litiéraire, II, 39-51.

en le rendant plus élégant, plus frappant, plus fort. Il a raison d'attribuer beaucoup d'importance, dans la genèse

de l’'Ossian macphersonien, aux premiers essais poétiques du

jeune maître d'école, et notamment à son Highlander ; mais

il a tort de parler du Highlander comme s’il l'avait lu, et

de forcer l'identité : « Même bouffissure dans le style, mêmes

images, mêmes incidents ; partout les météores verdâtres,

la bruyère et les collines, les ouragans et les fantômes, »

Il a raison, ou à peu près, de dire : « Quelques romances

irlandaises, et le Highlander, étaient la base et le fond de

toutes ces compositions... >» mais il a tort d’ajouter : « où

il n’y avait rien d’original et de neuf que l’impudence inouïe

du prétendu traducteur, sa prose mesurée, et quelques er-

reurs monstrueuses ». C’est le ton de Laing, mais ce n'est

pas celui du juge sage et éclairé : car, s’il en était ainsi, la

voix de Cona n'aurait pas retenti soixante à quatre-vingts

ans au fond de tant de cœurs dans toute l'Europe. Mais ce

qui est piquant, c’est de voir combien d'erreurs laisse tom-

ber la plume de celui qui n’était encore, il est vrai, qu’un

critique agréable, mais qui allait prendre rang parmi les

fameux philologues. Il est faux que Macpherson ait d'avance

« combiné son système de traductions ossianiques qu'il fit

circuler » ; 1l est faux qu'il soit revenu de sa tournée « au

bout de deux ans » avec Fingal, ete. ; il est faux qu'il se

soit « enrichi aux dépens de la crédulité » des lecteurs et

surtout il est faux — à quel point, on l’a vu dans l’/ntro-

duction de cet ouvrage — qu’au moment où il écrivait son Ossian Macpherson fût un « riche gentilhomme » qui se

promenait « dans son parc ». Il est dangereux enfin de citer sans aucune réserve l'autorité de Johnson.

La thèse radicalement négatrice de Boissonade a beaucoup plus de partisans que la croyance de Ginguené. Déjà en 1801, à peine le Publiciste a-t-1l admis l’authenticité, qu’il reçoit et publie une lettre, en réponse à son article :. Marignié, traducteur des Mémoires de Gibbon, l’avertit qu'il ne faut pas faire état de David Hume comme autorité pour l'authenticité d’Ossian ; tout au contraire, comme en fait foi la lettre de Hume publiée dans les Mémoires del’his-

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