Décade, XLI, 348 (30 floréal an XII
la publication prochaine du « texte gallique ‘ » ; il donne à entendre qu'il ne se laissera pas facilement convaincre. Toutes ces résistances ont amené à ne plus croire à Ossian ceux qui avaient quelque raison de se mettre au courant de la question. Creuzé de Lesser, qui se fait l’apôtre et le héraut de la chevalerie, préfère les mœurs des romans de chevalerie à celles des poésies scandinaves et même à celles « des poésies erses, trop manifestement falsifiées pour être d’aucun poids dans cette discussion * ».
Il était plus intéressant de trouver l’exposé de la même thèse négatrice là où l’on ne se serait guère avisé de le chercher, dans un roman, et dans un roman qui jouit d’un certain succès : Glorvina ou la Jeune lrlandaise, par Miss Owenson. Miss Owenson n’est autre que Lady Morgan. Le roman date de 1808 ; traduit en 1813 sur la quatrième édition anglaise, il offrait aux lecteurs français des noms ou du moins des consonances chères à plusieurs d’entre eux : Glorvina, Inismore, Tura... L'auteur a placé dans ce roman une longue discussion qui remplit trente-cinq pages *, et dont l’authenticité d’Ossian fait les frais. Les interlocuteurs sont un prince irlandais, un chapelain et un voyageur anglais. Ce dernier croit à Ossian écossais et à Macpherson traducteur. Les deux Irlandais se relaient à lui démontrer son erreur, et à lui donner une idée des véritables ballades ossianiques irlandaises. Nous pouvons peut-être en parler, disent-ils, « nous à qui l’on fait apprendre par cœur, dès notre plus bas âge,ces poésies; nous qui portons encore : aujourd hui les noms des héros qu'elles célèbrent ». Ils se servent des arguments que la critique ossianique emploie aujourd’hui encore, mais en poussant à l'extrême un nationalisme irlandais qui nie toute influence des Hautes- Terres sur Ossian. Macpherson a éliminé tous les éléments proprement irlandais, et surtout le rôle de Patrick et la religion chrétienne. Morven ni Fingal n’ont de racines vraies en Ecosse. On cite à l'Anglais, pour le convaincre, les travaux de l'Académie royale d’Irlande, 1786, et on lui montre