NE NN
Le « Cours de Rhétorique » de Blair 667
leçons de style du Barde primitif et sauvage. Il délaye en trois expressions la même image d’Homère, tandis qu’Ossian, qui sait « frapper l'imagination d’un seul coup », a trois lignes parfaites, qui font voir l'objet.I1 a des métaphores incohérentes, tandis qu’en voici deux d’Ossian qui, dans le même genre, sont parfaites. Tel passage de F ingal figure avec honneur entre Virgile et Quintilien. Ossian est un classique pour Blair, et l’égal des plus grands ; il le sera aisément pour les lecteurs de son ouvrage. Ces lecteurs ont été assez nombreux : car le Cours de Rhétorique et de Belles- Lettres est l’objet d’une seconde édition en 1821, Dans l’intervalle, il fournissait une page à une anthologie de lectures anglaises, et cette page était justement une de celles où Blair explique par le menu le sublime de son cher Ossian ‘. Ce choix témoigne qu'aux yeux des auteurs de la collection, grammairiens fameux et fabricants accrédités d'ouvrages scolaires, Ossian figure dignement dans une chrestomathie classique.
Ces trois admirations-là sont des survivances. Les nouveaux amis du Barde aiment surtout en lui le paysage et les sentiments. On ne peut guère lui refuser « la majesté des images, le pittoresque répandu dans la description * », et « des beautés d'un genre qui frappe dans tous les temps les hommes de goût et les âmes sensibles * » — « Il est dans la vie, dit un autre critique, des moments où la mélancolie est voluptueuse, où la tristesse est presque un besoin. Combien alors doit être chère la lecture d'Ossian‘! » Et même cette lecture nous rendra meilleurs. Les détracteurs même du Barde admettent que « ses chants plaisent aux imaginations sensibles » ; surtout « le début des élégies d’Ossian, — car on peut donner ce nom à ses poèmes — s'empare toujours de l’âme et appelle la rêverie * ». D’autres juges, même sévères, trouvent fort poétique cette conception qui « assigne les nuages pour demeure aux âmes des héros, et qui les
1. Noël et Chapsal, Leçons anglaises de littérature el de morale, 1817, 1, 468.
A P.-A. Lebrun, Le Village abandonné, etc..…., p. X.