Œuvres de Fontanes, Il
rend ainsi témoins des peines et des plaisirs de leurs parents et de leurs amis ‘ ». La Décade ayant raillé le Barde et ses chants, un ossianiste libre penseur lui écrit pour relever certaines de ses assertions : « J’abandonne très volontiers le style ossianique, mais c’est des poésies d’Ossian elles-mêmes qu'il faudrait écarter l’arme trop meurtrière du ridicule ?. » Si elles ne sont pas goûtées davantage du peuple, c'est qu'une éducation théologique a vicié son esprit. Si elles paraissent barbares, c’est comme Homère pouvait le paraître au siècle de Pisistrate. Toute la lettre est fort curieuse *.
. Les poètes apprécient dans Ossian les sentiments délicats ou pathétiques. Un d’eux lui est surtout reconnaissant de la tendresse qui chez lui « adoucit les tableaux guerriers“ ». Michaud, nous l’avons vu, trouve en lui le plus parfait modèle du vrai poète, dont l'imagination anime, personnifie tous les objets naturels°. Dans les chants du Barde, c'estle paysage qu’il faut retenir, c’est lui qui doit inspirer. « On peut done permettre aux jeunes littérateurs de chercher encore dans la poésie gallique de nouvelles couleurs pour peimdre la nature *. » Cette nature est effrayante, lugubre ? « C’est peut-être, continue Esménard, une des causes secrètes de lintérêt qu’inspire la lecture d’Ossian dans les doux climats de la France et de l'Italie. »
Ceux même qui ont été le plus impitoyables pour l’authenticité des productions de Macpherson et de Smith reconnaissent hautement l’intime attrait, le charme mystérieux de la poésie qu’ils ont créée. C'était le cas de miss Owenson, l’auteur de Glorvina ; c’est aussi le cas de Boissonade. Après avoir traité Macpherson de charlatan, il continue :
Mais il faut au moins estimer son talent. Il serait injuste de ne pas reconnaître qu'il avait une imagination véritablement poétique ; que ses ouvrages offrent de belles descriptions, de beaux récits, quelques traits vraiment imposants, parmi beau-