‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 347 sur 512 · Œuvres de Saint-Victor, 1822, p. 49: Le Voyage du Poëte · texte numérisé non relu

Œuvres de Saint-Victor, 1822, p. 49: Le Voyage du Poëte

Que les vents en tout temps soufflent sur la bruyère ; De la reine des nuits que le disque argenté

Dérobe à nos regards sa tremblante clarté...

Que toujours le brouillard s'étendant sur la plaine Comme un fantôme errant lentement s’y promène,

Et sur le noir ro cher que vont battre les mers, Chantons, la harpe en main, au milieu des hivers *.

Quoique l’auteur de cette parodie ait à dessein chargé Ossian de traits qui n’appartiennent qu'aux poètes scandinaves — et encore | — Colnet délivre au portrait un certificat de ressemblance, et ne semble pas regretter qu'on se moque « des imitateurs d'Ossian * ».

Un autre poète, et qui compte, le grand Lebrun, le Pindare de la France, proteste contre Ossian dans une pièce bien connue, et qu'il faut pourtant citer. L'ode Sur Homère et sur Ossian * a seize strophes, dont sept et demie pour Homère, six et demie pour Ossian, et deux de conclusion. Après avoir loué Homère, le poète continue :

Mais Ossian n’a point d'ivresse :

La lune glace ses crayons.

Sa sublimité monotone

Plane sur de tristes climats; C’est un long orage qui tonne Dans la saison des noirs frimas.

Parmi les guerrières alarmes, Fatiguant sa lyre et sa voix,

Il parle d’armes, toujours d'armes; Il entasse exploits sur exploits.

De mânes, de fantômes sombres, Il charge les ailes des vents;

Et le souffle de pâles ombres

Se mêle au souffle des vivants.

Ses fleuves ont perdu leurs urnes; Ses lacs sont la prison des morts;

Et leurs naïades taciturnes

Sont les spectres des sombres bords.

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