‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 349 sur 512 · Du Classique et du Romantique, 1826, p · texte numérisé non relu

Du Classique et du Romantique, 1826, p

critique militante de l’Empire. Deux de ces ennemis d’Ossian sont des transfuges du camp ossianique. Marie-Joseph Chénier ne veut plus se souvenir sous l'Empire qu’il rima sous le Directoire avec constance, avec goût, avec quelque succès, cinq des poèmes du Barde. Critique et historien des lettres, il représente la pure tradition classique et l’esprit de Voltaire, du Voltaire des dernières années, de celui qui fulminait contre Shakespeare et parodiait Ossian. Quoique convaincu autant que M°®° de Staël de l’authenticité des poèmes, il est l'ennemi des idées qu'elle représente et, à travers elle, il atteint Ossian, C’est dans son cours de 1806 à l’Athénée qu’à propos des Romans français il s'explique sur ce point. Fontanes aussi a ossianisé dans sa Jeunesse. Mais l’auteur du Chant d’un Barde a bien renié son enthousiasme pour Fingal, pour Le Tourneur et sa « muse hardie ». Il professe, dès le Consulat, un classicisme intransigeant. Toute note germanique dans la littérature lui est odieuse ‘. Protégé de Napoléon, il ne va pas jusqu’à s’inspirer de Morven pour faire plaisir au maître : tout au plus sa Prophétesse gauloise de 1814 * laisse-t-elle apercevoir qu'il a tenté jadis de ramasser la harpe du Barde. Mais son point de vue, on le devine, est juste l’opposé de celui de Chénier. L'un est républicain et, en fait de religion, en est resté à l’Etre Suprême de Robespierre ; l'autre, serviteur dévoué de l'Empereur, est un des chefs,avec Chateaubriand, du retour au catholicisme. Dès 1795, il publiait dans le Magasin Encyclopédique, à propos de la traduction de Hill, un article anonyme *, qui est certainement de lui, car on y trouve plusieurs phrases qu'il s’est contenté de reproduire textuellement en 1800 lors de sa polémique contre la Lattérature de M°° de Staël, Lui non plus ne doutait pas alors de l’authenticité : mais c'est justement parce qu’il croit avoir affaire à un vieux barde athée qu'il proteste, nous allons le voir, au nom de la poésie moderne qui a des besoins religieux à satisfaire.

Ce n'est certes pas la même raison qui explique les réserves de la Décade, dont les rédacteurs sont tous philo-

1. Sainte-Beuve, Préface des Œuvres de Fontanes. 2. Œuvres de Fontanes, I, 155.

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