Magasin Encyclopédique, 1795, V
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Geoffroy. Hoffmann, Dussault. Auger 673
1 sophes et indévots. Si elle tient rigueur au Barde à partir . de 1809, c’est que ses nouveaux protecteurs le lui rendent - suspect. En rapprochant les nombreux passages que nous avons empruntés à ce grand et intéressant journal, il est __ aisé de constater qu'il a évolué en ce qui concerne Ossian, - son authenticité et sa valeur. On a reproché à mon prédécesseur dans cette étude d’avoir trop simplifié les choses, » et d’avoir fait de la Décade uniquement l’adversaire du | Barde !. La vérité est qu'elle est d’abord impartiale et plutôt sympathique : elle insère plusieurs imitations d’Ossian ; . Andrieux y donne l'article de 1796. Mais quand l'ossianisme sert de tremplin à Baour, un ennemi des idéologues et de - l’Institut: quand il est officiellement protégé par Bonaparte, . et se prête à chanter les louanges du Premier Consul, puis de l'Empereur, la revue philosophique et indépendante s’écarte d'Ossian, accueille avec plaisir les preuves de son inauthenticité, et lance contre lui et ses imitateurs les traits caustiques de la satire.
Mieux que par Ginguené, Boissonade, Chénier et Fontanes, la critique professionnelle de l’Empire est représentée par Geoffroy, Hoffmann, Dussault et Auger : c’est dans cet ordre que les rangent assez naturellement et leur âge et l’époque de leurs débuts. Depuis le temps lointain où Geoffroy succéda à Fréron dans la rédaction de L’Année Littéraire, il n’a pas laissé passer une occasion de protester avec son ton rogue et son humeur acariâtre contre toutes les littératures du Nord, et particulièrement contre Ossian et l’ossianisme. Critique dramatique, les pièces de théâtre qu'ont fournies les poèmes du Barde lui seront autant d’occasions toutes trouvées de fulminer contre l’ « Homère du Nord » et ses sectateurs. Hoffmann, plus jeune et beaucoup moins solennel, auteur agréable de livrets d’opéras-comiques et de comédies, Juge Ossian moins au nom des grands principes de l’art que d’après l'esprit français, qu’il confond, comme tant d’autres, avec le sien. Dussault est anti-classique et met une obstination candide, à moins qu'elle ne soit intéressée, à ne rien reconnaitre de bon dans les littéra-
1. P. Hazard, compte-rendu de A. Tedeschi, Ossian.… en France (Revue d'Histoire littéraire de la France, 1912, p. 222).
tures du Nord. Hoffmann niait l'authenticité ; Dussault paraît y ajouter foi, mais lèur jugement final est le même. Auger, si fameux plus tard par sa diatribe publique contre les Romantiques, n’est pas ennemi, sous l’Empire, d’une littérature d'inspiration médiévale et chrétienne ; mais il n’a pour Ossian que du mépris : ses tableaux lui font horreur et son style lui fait pitié. À ces quatre aristarques joignons Esménard, plus jeune qu’eux tous, versificateur insipide et fonctionnaire docile ; s'il est trop peu poète pour sentir Ossian, s il le malmène autant que les autres, il a cependant quelque intuition des nouveautés qu’il apporte. Il est surtout beaucoup mieux informé qu'eux touchant Macpherson et l’authenticité. Mais il a ceci de particulier qu'il répète les autres et se répète lui-même. Son article de fond sur Ossian, qui a douze pages, a eu pour occasion la traduction de d’Arbaud- Jouques et a paru en prairial an IX dans le Mercure * ; il est réimprimé dans le même journal en 1809 * ; il passe de là à l’Ambiqu de Peltier un mois plus tard *. D’autre part, cet article s'inspire de très près des critiques faites à M”° de Staël et à sa Littérature par Chateaubriand et Fontanes, qu’il pille tous deux quand il ne les cite pas. Au premier appartient : «Macpherson a chanté ses montagnes, son parc, et le génie de sa religion. » Au second: « Il y a plus de cordes à la harpe d’Isaïe qu’à celle du Barde. » Ce critique à la suite nous fournira donc moins que les autres.
Tous sont également adversaires d'Ossian ; mais ils le sont pour des raisons assez différentes. Plusieurs insistent de préférence sur une impression générale d’obscurité et de tristesse pénible, qui résulte en partie de la monotonie de ces poèmes. Dans ce « fatras monotone, mêlé de quelques beautés », on ne trouve que « l'amour fatal et malheureux, et un paganisme aussi lugubre que celui des Grecs était