‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 352 sur 512 · Ib., LI, 102 (11 octobre · texte numérisé non relu

Ib., LI, 102 (11 octobre

nie assommante ». Pour Geoffroy, cette mélancolie si fort à la mode, loin d’être la pierre de touche des belles âmes, est «une maladie des hordes septentrionales.… Tous les sauvages sont mélancoliques ‘. » En lisant cet article, Edmond Géraud note dans son Journal que Geoffroy parle du genre ossianique « à peu près comme Sganarelle parle du foie et de la rate », puisqu'il s’agit « d’un genre et d’un poète qu'il avoue lui-même ne pas connaître »; ce qui rend admirable « le ton d'assurance de notre Aristarque » dans cet article «fait sans doute après boire, comme tant d’autres * ». — II faut surtout blâmer les imitateurs de « je ne sais quel chantre sauvage dont la harpe incomplète n’a rendu que des accords monotones et dissonants* »: Nodier par exemple ; l’article est consacré aux Chants d’un Barde.Aiïlleurs encore, même dégoût de cette « sécheresse », de cette « uniformité de traits et de couleurs ‘ », grand danger pour ceux qui, comme Chérade-Montbron, essaient d’ossianiser *.

Cette poésie monotone et lugubre a le tort de ne dérouler aux yeux qu’un paysage affreux et repoussant. Partout « des images funèbres, une poésie de cimetières et de cavernes © » : Geoffroy vient de voir jouer Les Bardes de Le Sueur. Ces poésies « peignent seulement une petite partie de la nature, la partie la plus triste, et la peignent exclusivement. On trouve des rocs, des vents, des nuages, des tempêtes, des torrents, des tombeaux, dans tous les poètes anciens ou modernes ; ils y font opposition, et ne reviennent pas sans cesse fatiguer le lecteur. Dans les chants ossianiques, au contraire, ils sont le fond et la forme, le principal et l'accessoire, le but et le moyen. » Les chants arabes « parlent sans cesse de sable et de palmiers, ceux-là de chênes et de bruyères.… tandis que nos classiques puisent dans la nature entière, y trouvent toutes les couleurs et toutes les

. Journal de l’Empire, 21 mai 1806.

.- Edmond Géraud, Fragments de Journal intime, p. 30 (mai 1806). . Décade, XLII, 294 (20 thermidor an XII).

.- Noël, Dictionnaire de la Fable, Préface.

. Mercure de France, 4 août 1801.

6. Journal des Débats, 23 messidor an XII; Geoffroy,Cours de Lillérature dramatique, V, 57.

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Le paysage et le style 677

formes ‘ ». Le même Hoffmann applaudit aux railleries du

Nouvel Art Poétique de Viollet-Leduc ?, et constate avec plaisir que dans l’Histoire d'Irlande de Gordon, nouvellement traduite, on trouve des arguments contre l’authenticité *. Auger est, lui aussi, particulièrement sensible au

triste décor ossianique ; et ses expressions ressemblent

d’une manière frappante à celles que Monti devait employer en 1825 dans son Sermone sulla Mitologia :

Le délicieux Elysée a été remplacé par des palais de nuages ; le riche bouclier d'Achille et le casque étincelant d’'Hector, par des arcs de vapeur et des lances de neige; le chêne prophétique par le pin lugubre ; le tertre émaillé de fleurs par la pierre grise du tombeau; a rose vermeille et odorante par l’aride fou- Hs La poésie et lmas ratio n’ont-elles pas beaucoup gagné à cet échange ‘ ?

Ces puristes ne sont pas moins offensés du style ossianique. S'ils n’instruisent pas à cet égard le procès du Barde avec autant de détail que Morellet le faisait pour Atala, ils jettent les mêmes cris d’effroi qu'eux-mêmes ou leurs successeurs feront entendre après 1825 devant la marée montante du romantisme. Dussault refuse aux peuples du Nord le sens de l'harmonie, qu'il accorde à ceux du Midi, y compris les nègres. Cet « air épais et glacé » ne peut retentir que de « chants sauvages ». Nous voilà bien loin de M" de Staël. « C’est donc bien vainement que l’on a prodigué tant d'esprit pour nous persuader que les hymnes des Bardes et des Druides, que les sons de la lyre d'Odin et d'Ossian étaient préférables aux accents divins des Homère et des Virgile‘. » C’est l'esprit des Débats, c’est celui de Geoffroy ; mais Dussault surveille trop peu ses expressions, car personne n’a jamais parlé de la lyre d'Odin ni des hymnes des Druides. L'article passe des Débats au Spec-

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