‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 358 sur 512 · De Piis, Œuvres choisies · texte numérisé non relu

De Piis, Œuvres choisies

13, Armand-Gouffé, Ballon d’essai, 1802.

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Conclusion sur cette période 685

et sur leurs vers plus fastidieux encore. on peut le croire. Ossian frappe assez fortement ceux qu’il a touchés ; mais il ne touche qu’une minorité parmi les poètes. Peut-être est-il trop nouveau; pas plus que Young ou Gessner. Peutêtre est-il trop âpre, trop barbare, trop étrange aussi, en un mot trop différent. Il effraie les poètes, surtout les médiocres ; il ne tente guère:les débutants. Nous avons vu son rôle dans la grande poésie presque officielle. Quand la poésie asthmatique de l'Empire veut se guinder au sublime, elle tend les ailes au souffle de Morven ; mais Ossian ne

fournit que peu de chose à la poésie ordinaire, timide, édul-

corée ou mièvre,et si prosaïque! On lui préfère souvent les dissertations d’Young,et surtout les bergeries de Gessner. En prose au contraire, nous l’avons vu, Ossian s’impose à l'attention des critiques, parce qu’il pose des problèmes que ne posent ni Young ni Gessner. Aussi est-il à chaque instant question de lui dans les revues, les Journaux, les ouvrages d'histoire littéraire ou de critique.

Pour conclure sur cette époque, Ossian complété par Hill, imposé par le goût du maître, versifié par Baour-Lormian, popularisé par la cantate, la romance, le théâtre, la vignette et la peinture, connaît un moment de grande vogue sous le Consulat et l'Empire. Parallèlement à cette vogue, un grand courant de sympathie fait aimer le Barde de certains poètes à qui manque le talent, de certains solitaires rêveurs qui lui vouent un culte discret. Ceux même qui ne croient pas à l'authenticité d’Ossian se laissent entraîner au charme de ses poèmes. Les contemporains le comparaient à un harmonica * dont les notes frêles et cristallines éveillent une émotion moins puissante que délicate. De plus secrètes harmonies lui attiraient les cœurs. « Chaque rêveur retrouvait là les émotions de ses promenades solitaires et de ses rêveries philosophiques *. » Il transportait ses lecteurs « dans un monde idéal, assez inconsistant et assez vague pour réfléchir, en y ajoutant le mirage trompeur de la perspective, les sentiments et les rêves du jour * ». Sa mythologie, de plus, était fort appréciée : on

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