Spectateur du Nord, XVIII, 363 (juin
2. Taine, Histoire de la Litlérature anglaise, IV, 226. 3. Léo Joubert, Nouvelle Biographie générale, art. Macpherson.
la trouvait « originale et touchante ‘ » ; et nous avons vu quelle importance prépondéranteelle prenait dans les Juge- | ments qu'on portait sur le Barde. Il fournissait de merveilleux un temps sans foi et sans poésie, où le champ était libre entre les fictions mythologiques usées etles évocations romantiques, où la Révolution avait achevé de faire place nette de plus d’une ancienne croyance, en attendant que la religion positive revint en faveur. Sa mélancolie enfin s'accordait à cette « mélancolie inquiète » qui « avait saisi les imaginations » d’un monde « triste comme après les grandes commotions * ». Quelques-uns de ces sentiments, et ce, sont les plus importants, se développeront encore ‘dans la génération suivante, et l’expression que leur donneront les poètes devra beaucoup à Ossian, soit directement, soit par l'intermédiaire de Chateaubriand.
Mais il ne conquiert pas l’approbation des critiques ; il n’éveille plus chez les lettrés le grand intérêt qu’il excitait dans la première période de son acclimatation ; il ne fournit plus l’occasion ou la solution de nombreux et intéressants problèmes. Ceux qui dirigent l'opinion le raillent le plus souvent ou le censurent, pour ses véritables défauts et pour ceux qu'ils lui prêtent, en haine du romantisme qu'ils entrevoient à l’horizon. Le hasard aurait pu faire naître un grand poète qui sous l’Empire aurait animé de son génie les mornes fictions ossianiques ; le hasard n’a donné à Ossian que de plats interprètes ; les grands poètes sont venus plus tard, leur imagination a créé dans d’autres domaines, et l’ossianisme comme genre littéraire n'a été qu’une tentative manquée d’affranchissement, un essai timide de romantisme classique qui devait demeurer infécond.