‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 365 sur 512 · Emile Dupré, l’Inspiration du Barde, ou Le Sacre · texte numérisé non relu

Emile Dupré, l’Inspiration du Barde, ou Le Sacre

710 ï Ossian en France

sie armoricaine ‘. Il a été composé à l’occasion de la pose de la première pierre d'un obélisque sur le champ de bataille de Ploërmel-Josselin où la tradition plaçait le Combat des Trente (1351). Pour célébrer cet événement, l’auteur décrit la cérémonie en une prose naïvement ampoulée, dans le genre de celle des Natchez, ét qui a l'intention de reproduire le style assianique. C’est que « le transport de cette pierre et l’ensemble du cortège rappelèrent à l’auteur les cérémonies décrites par Ossian ». Et il cite un passage de Fingal. « Comme la poésie armoricaine était celle des Bardes, on a aussi imité Ossian », d’où le style si particulier de ce morceau. Le général qui préside la cérémonie reçoit le nom de Tudoscar, qui, dit l’auteur, « est ossianique », ou à peu près. Ce général prononce un discours, où il dit notamment que « les salles de Lutèce ont retenti du chant des Bardes » ; et la cérémonie s’achève parmi beaucoup de météores et de nuages.

Ces effusions patriotiques, ces souvenirs nationaux revêétus d’une forme ossianique, ne se présentent pas seulement d’une manière isolée. Quelques-uns en font un véritable système. Cyprien Anot, qui fait profession d’un romantisme mitigé, appelle de ses vœux une poésie où l’on verrait «la muse nationale, assise auprès du tombeau des vaillants, écouter le bruit des vents orageux, qui amènent sur les DRase de ombres gémissantes des guerriers des anciens jours * ». Même conseil sous la plume du respectable Ch. Dane ancien procureur du Roi, secrétaire perpétuel de l’Académie provinciale de Lyon. Soyez Français, dit-il, célébrez les gloires françaises, « que vous preniez la Wie d'Homère ou la harpe d’Ossian * ».

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D'autre part, et ceci est peut-être plus intéressant et plus inattendu, Ossian prête sa voix aux émotions patriotiques et aux GoIBr en des partis. Il y a là, sinon une école, du

de Traduction d’un morceau de poésie armoricaine, 1819. 2. Cyprien Anot, Elégies Rhémoises, 1825, p. 169. 3. De Loy, Préludes Poétiques, 1827, p. XX VI.

! Ossian et la poésie patriotique 713 moins un groupe qui paraît unanime à puiser dans les chants du Barde l'expression de certains sentiments de révolte et de colère qu’il est parfois difficile de préciser et de dater exactement. Ossian se prête fort bien à ce rôle: c'est le poète des vaincus, des exilés, des fugitifs ; et sa voix lugubre convient mieux aux angoïsses d’un proserit, à l’amertume d’un demi-solde, qu’à l’allégresse bruyante des Te Deum et des A/leluia. Bétourné, par exemple, donne

Et

la parole à un barde exilé qui déplore les malheurs de sa patrie :

Loin de ces lieux peuplés de brillants souvenirs, Un des fils d’Ossian, sous des climats plus sombres, Fuyait la tyrannie et, par de longs soupirs, D'Ossian, de Fingal il implorait les ombres.

De quelle tyrannie s'agit-il ? I1 semble que ce soit celle de Napoléon, à moins que les vers suivants ne doivent s’entendre du trop long séjour des alliés sur notre sol :

La terre de Fingal est lasse de porter Les oppresseurs qui la dévorent !

Gloire à Fingal ! imitons ses vertus ; Le ciel se ferme au lâche qui n’est plus ?.

Ce Bétourné compose également un Chant national qu’il intitule Le Vieux Barde et qui dit l’apothéose d’un certain Oldar qui paraît être une réplique d’Ossian. Je n’ai pu découvrir ce que ce sujet a de national. En tout cas c’est bien ainsi qu’Ossian a dû mourir :

Au même instant s'ouvrent les cieux :

Aux longs roulements du tonnerre On voit le Barde radieux

Pour y monter quitter la terre ?.

Il est encore l’auteur d’une Æcossaise au tombeau de son amant * qui n’a rien de politique, et où foisonnent les rots

1. A. Bétourné, Délassements Poétiques, 1825, p. 31:Le Barde.

2. Ib., Oldar ; le même dans le Chansonnier des Grâces, 1827,p. 87: Le Vieux Barde, chant national.

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