‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 366 sur 512 · Ib., p · texte numérisé non relu

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des chasseurs, les ciel nébuleux, les torrents écumeux. Mais nous retrouvons les allusions avec Hédouin et son Chant du Barde * ; je ne sais au reste qui peut être ce Tremnor qui tue Dermide, qui succombe en luttant contre l’usurpateur, et dont la veuve « a déserté les palais de Morven ». C'est Ossian très transformé et adapté à des faits certainement politiques, mais difficiles à préciser. À la même époque remonte sans doute un Chant gallique d’Auguste Moufle qui respire le plus pur patriotisme. Oscar y encourage Morni à combattre le tyran Salgar, à braver « le joug affreux du Slave * ». Si ce dernier mot n’est pas là uniquement pour rimer avec esclave, le poème fait peut-être allusion à l'invasion de 1815.

M°° de Genlis peut donc légitimement incarner dans le Barde moderne une poésie patriotique et belliqueuse, et vouloir que « sa harpe anime les guerriers * ». En ce genre, la place de beaucoup la plus considérable est occupée par Boucher de Perthes. Le futur créateur de l'archéologie préhistorique a été en sa jeunesse poète, et poète patriotique. Il devait posséder à fond les poèmes d’Ossian et leur vouer une entière admiration, car ila, sans se lasser, ossianisé en vers et en prose, et souvent sur des thèmes patriotiques. La date de ses recueils, 1821 et 1823, ne doit pas faire oublier que plusieurs de ses chants ossianiques remontent certainement à 181% ou 1815. C’est Oscar ‘, qui est plein d’allusions aux événements de 1814 ; c’est Le Météore *, qui flétrit probablement la défection de Marmont : « ce pâle météore » qui s'élève sur le brouillard, « c’est le spectre de Durandart » ou du duc de Raguse. C’est Le Renégat *, dont le nom est Hidallan, un des rares personnages odieux de Macpherson. C’est Le Chêne, qui est un cri de joie à l’annonce du retour

1. Almanach des Muses, 1820 : Le Chant du Barde sur le tombeau de Tremnor, par P. Hédouin.

2. Almanach des Dames, 1833, p. 187: Oscar à Morni, chant gallique, par Auguste Moufle.

3.La Guirlande des Dames, 1815,p. 125: Le Barde Moderne,par M°° de Genlis.

4. Boucher de Perthes, Romances, Ballades et Légendes, 1822, p. 163. 5. Ib., p, 119.

‘7. Ib, p- 169.

Boucher de Perthes TRE

de l’île d'Elbe. C’est Le Barde*, qui répète les menaces insolentes des alliés en des termes empruntés à l'évocation de la ruine de Balclutha. C’est O/gar, chant gallique * : Olgar « de son pays déplore les malheurs ». C'est un autre chant gallique, celui d’Oscar à Carul :

Tu dors, Carul ! altérés de carnage, Les fils d'Odin débarquent sur ces bords *.

Appel patriotique à la défense et à la vengeance. C'est un autre Chant gallique où le « Barde d’Ardulène » console le guerrier Colgar qui se lamente, vaincu par les « enfants du Nord » ; il lui rappelle les gloires récentes de sa patrie :

Peut-il, dis-moi, dans sa vaine colère,

A l’univers ôter le souvenir ?.…

Et contre lui n’as-tu pas la justice,

Vingt ans de gloire, et les maux qu'il ta faits 4?

Comme ce style fort clair est peu ossianique, il faut bourrer la pièce, par ailleurs, de Témora, d’Ulster ou d’Ultonie. Et c’est encore Ossian, écrit en 1814 ‘, protestation contre l'invasion et acte de foi dans les destinées de la France. Le Barde commande à son fils (« Allez, Oscar, allez, fils de la gloire. ») de raffermir tous les cœurs par l'espoir que lui inspire son don de prophétie. En somme, dans cette partie de l’œuvre du jeune poète se découpent par voie d’allusions, dans un cadre ossianique, les principaux sentiments qui l’animent vers 1815.

Tous les essais ossianiques de Boucher de Perthes ne sont pas marqués de ce caractère. Certains sont de simples fantaisies élégiaques, comme la romance d’Isnelle*, où la « harpe du Barde » a des sons de guitare ; ou celle d’Elfride l'infi-

1. Boucher de Perthes, Opuscules lyriques, 1821, p. 4 : L'Invasion; et Almanach des Muses, 1822,p. 33: Le Barde.

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