Chant III, p. 61 : Hymne des dieux du Valhal à Balder
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« Vergy, ou l'Interrègne » de Proisy d'Eppe 721
Et voilà comme on rajeunit, on rafraîchit la poésie française. |
Le comte de Proisy d’'Eppe devait avoir été pendant l'Empire, ou même auparavant (j'ignore tout de la biographie de ce gentilhomme), touché d'Ossian à un degré que son poème, Vergy,ou l’Interrègne, nous permet d’apercevoir :. Ce poème, on le devine d’après la date et le second titre, a pour cadre la Révolution et l’Empire. Il a pour sujet les aventures que les circonstances politiques imposent aux héros de ce roman en vers, qui prétend être un poème historique ; car, dit l’auteur, tous les anciens poèmes sont nationaux et historiques ; et il cite Homère, Virgile, les troubadours, les trouvères, « le Ranz des Suisses » et les « Pismés morlaques ». Fier de son érudition poétique, il cite encore ces « montagnards errants » de l’Ecosse, qui « de père en fils ont retenu des fragments de poésies erses ». Comme ses émules, Ossian a su garder les couleurs des héros qu’il peignait : de même qu’Achille, Enée, Godefroy, ont chacun leur caractère, Fingal devait être brave et animé de l'espoir. d’être loué par les Bardes. On voit les quatre grands épiques dresser leurs têtes à travers la brume des siècles : on voit Ossian désormais accompagner dans la gloire Homère, Virgile et le Tasse.
Au chant VIII du poème, les deux amants, Eponine et Vergy, se réfugient en Ecosse, sous le toit de chaume d’un vieillard qui leur offre l'hospitalité proverbiale de son pays; et au chant X, de la retraite où ils continuent à se blottir, ils entendent un pâtre chanter un morceau de 198 vers qui est «dans le goût des poésies erses ou galliques ».Sarno, Almor, Vilmar roi d’Inistore, la belle Irma : on connaît ce mélange de noms véritables ou inventés, qui défilent parmi des aventures d’amour et des batailles. Peu de couleur, et aucun signe de rajeunissement de la poésie par cet afflux étranger. Je remarque que le chevreuil est remplacé par le chamois, plus alpestre, et par là sans doute plus digne des montagnes de Morven, plus pittoresque aussi. L'auteur examine sans la trancher la question d’authenticité ; mais il émet
1. Comte de Proisy d'Eppe, Vergy, ou l’Interrègne depuis 1792 jusqu'à 1814, poème en 12 chants, 1814.
l’hypothèse du peuplement de l’Ecosse par les Scandinaves, qui y auraient apporté leurs croyances. Retenons cette vue, Pour le reste, il cite six pages durant les notes de Le Tourneur. 11 faut observer que des douze chants de son poème, c’est justement celui-là que l’auteur choisit pour faire connaître son œuvre aux lecteurs du Mercure ‘. Le Chant du Barde y est donné tout entier, avec une introduction explicative.
Le grand ouvrage de Marchangy ?, quoi qu’on en ait dit *, ne ressent qu'extrêmement peu l'influence d’'Ossian. Il y a dans la Gaule Poétique des bardes et même un bardit; Teutatès y a ses autels, et l’on y boit la bière dans des crânes sanglants ; cela est vaguement celtique, plutôt germanique et scandinave ; l’anastomose est directe entre la veine gauloise et le courant d’outre-Rhin, sans que la Calédonie intervienne de manière sensible. Mais un autre exploiteur du patriotisme littéraire n’a pas craint de faire largement appel à l'épopée ossianique pour enfler fort à propos l’exilité de son sujet. On connaît l’habile d’Arlincourt, qui fut en son temps le roi des faiseurs, et le succès éphémère de sa Caroléide *. Le poème était attendu, espéré, prôné, cité presque un an ou deux à l’avance. Pareille attente ne réussit ni à la Pucelle de Chapelain, ni aux Mois de Roucher; seul, le modeste et discret Virgile n’a pas déçu l’espoir enthousiaste de ses amis. Dans ce poème « que M. de Marchangy a nommé la seconde immortalité de Charlemagne * » — c’est l’auteur lui-même qui transmet ce propos flatteur — on rencontre Ossian à chaque instant. Le poète nous prévient dans sa Préface qu'il va chanter « les fils de Lochlin » et qu’il mêlera « les forêts de la Gaule, les rives de Lochlin, la grotte de Fingal et les monts de la Calédonie », En effet, il nous donne tout cela, et bien d’autres choses encore. Les noms, les détails empruntés aux poèmes ossianiques voisinent avec les souvenirs scandinaves, toujours les mêmes :