‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 376 sur 512 · DT · texte numérisé non relu

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On a déjà à plusieurs reprises étudié la part qui revient à Ossian dans l’œuvre de Lamartine. Il est à peu près le seul des écrivains français pour qui cette étude ait été faite : il doit ce privilège à l’évidence et à l'importance de l’in-. fluence ossianique sur sa poésie et, pourrait-on dire, sur son âme même. Cette partie de notre étude ne saurait donc apporter de résultats entièrement nouveaux, après les vues

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générales d'Emile Deschanel : ; l'analyse plus détaillée de M.Zyromski?, l'étude très minutieë£e à à laquelle s’est livré M. von Poplawsky *, enfin les pages de M'° Tedeschit, Une “enquête personnelle m’amènera cependant à restreindre sur certains points la portée de cette influence, et à en préciser ailleurs le caractère. M. Zyromski, dans les vingt-six pages qu'il consacre à cette question, non seulement ne vise explicitement qu’un petit nombre de textes de Lamartine (huit -exactement), mais encore se montre surtout désireux d’établir la part d’Ossian dans la formation du paysage intérieur de Lamartine. Il aurait fallu, même en envisageant la question de ce point de vue, se préoccuper un peu davantage de doser l'influence, d’en dater les principales phases, d’apporter en un mot quelque précision. L’auteur semble surtout connaître l’Ossian de Baour-Lormian ; il cite le Discours préliminaire de ce dernier pour expliquer le succès d’Ossian en France ; il apprécie sa traduction. 11 faudrait d’abord établir que Lamartine a connu Ossian par Baour-Lormian, et nous verrons tout à l’heure que c’est peu probable. M. von Poplawsky s’est livré au contraire à un dépouillement extrémement complet, trop complet en ce sens qu'il a eru reconnaître des influences lorsque sans doute il n’y a que des rencontres, ou même lorsque le rapport est à peine perceptible pour des yeux moins perspicaces. La connaissance générale, même superficielle, de notre littérature, manque à l’auteur ? ; et malgré l'abondance des textes qu'il cite et J’ordre judicieux dans lequel il les dispose, il doit être suivi

‘avec prudence dans ses conclusions générales, lesquelles ne sont d’ailleurs pas exemptes de contradictions. On voudrait

que du moins il eût pris la peine de chercher comment La-

martine a connu Ossian, par Le Tourneur, par Baour, ou autrement. L’historien italien d'Ossian en France dessine à

1. Em. Deschanel, Lamartine, 3° éd., 1895, I, 26. 2. E. Zyromski, Lamartine poète lyrique, 1896, ch. III : Ossian. 3. Th. A.von Poplawsky, L'influence d’Ossian sur l’œuvre de Lamar-

‘tine, 1905.

5. 11 parle des cercles littéraires de Versailles au temps de Richelieu (p.10), place la Pléiade après Hardy (5b.), considère Ossian comme le seul poète étranger connu en France avant le Romantisme (p.2), et voit dans la révocation de l’Edit de Nantes la cause Le la faiblesse de la poésie française au xvire siècle (p. 11).

grands traits les contours essentiels du sujet, et avéc un coup d’œil assez sûr. Mais son travail, qui paraît indépendant des trois autres, n’en réclame pas moins quelques rectifications et d’abondantes additions. Il restait donc beaucoup à faire après ces auteurs pour retracer d’une manière aussi précise que possible l’histoire de l'influence d'Ossian sur Lamartine,

Son enfance en partie campagnarde, libre et réveuse, le préparait certainement à comprendre et à aimer la poésie ossianique. Non que les coteaux pierreux de Milly eussent quelque analogie avec les monts nébuleux et humides du fabuleux Morven. Si, comme on a cru le discerner, le paysage ossianique a été interprété par lui avec des souvenirs de Milly ‘, c’est que ce vrai poète avait le don de transformer ses souvenirs au gré de ses rêves. IL ne subissait pas à cet égard, comme Chateaubriand, l'influence ossianique avant Ossian. Mais il avait le goût de la rêverie, de la chimère, et, ajoutons-le, de la paresse : il était élevé en partie en plein air et dans une liberté relative. Vers l’âge où l’adolescent heureusement doué sent l'impérieux besoin de préciser la forme de son rêve, il découvre Ossian. À quelle date et sous quelle forme ? Ni l’une ni l’autre de ces deux questions n'ont été même abordées par aucun des auteurs que J'ai cités tout à l’heure.

A en croire Lamartine lui-même, il aurait eu quinze ans, On connaît le joli épisode de Lucy, raconté dans les Con/idences*, et dont on trouve un résumé critique sous la plume de M. Christian Maréchal *, de ce premier amour « sous l’invocation d’Ossian », comme dit Sainte-Beuve ‘. Lamartine raconte qu’il avait depuis quelque temps le culte du Barde, « Mais il manquait quelque chose à mon intelligence complète d’Ossian : c'était l’ombre d’un amour. » Il fait heureusement la connaissance de Lucy L..., jeune fille à peu près de son âge, qui habite un château des environs.

Elle adorait comme moi Ossian, dont les images lui rappelaient nos propres collines dans celles de Morven... Nous nous ren-

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