‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 378 sur 512 · Félix Reyssié, LaJeunesse de Lamartine, p · texte numérisé non relu

Félix Reyssié, LaJeunesse de Lamartine, p

ment est la plaque posée par M. de G..., propriétaire du chàteau de Byone, en souvenir de Lucy, « le poète ayant conté l’histoire ». C’est se contenter à peu de frais. Quant à la date de cette première ferveur ossianique, on fait remarquer que d’après la Correspondance, Lamartine ne connaissait pas Ossian avant 1808. Il aura, en racontant sa vie, fondu ensemble une gracieuse passionnette d’adolescent et ses premières émotions de jeune homme à la lecture d’Ossian : il aura pour cela reculé la date du poème qu’il avait gardé en portefeuille, de manière à pouvoir l’intercaler dans l'idylle de Lucy, et à le rendre plus intéressant en le parfumant, pour ainsi dire, de toute cette poésie de leurs jeunes cœurs.

Telle est la thèse de M. de Lacretelle. Je veux bien croire que les vers À Lucy ne datent pas réellement de décembre 1805,et qu'ils ont été après coup introduits dans l’épisode; mais rien ne me le prouve. Le biographé prétend reconnaître l’âge exact de ces vers à leur facture, qui les fixe aux années 1810-1811. J’admire cette précision, sans oser y prétendre pour ma part, et même sans être absolument convaincu. Mais, dira-t-on, Lamartine pouvait-il écrire ainsi à quinze ans ? Pourquoi pas ? Savons-nous ce qu’il pouvait écrire ou non à cet âge, puisque aucun poème ne nous est parvenu qui soit indubitablement de cette époque ? L’un des deux termes de comparaison manque. Comment affirmer d'autre part que Lamartine ignorait complètement Ossian avant le mois de décembre 1808, date où il en est fat la première mention dans la Correspondance? I] dit : « J’ailu Ossian ces jours-ci... ‘ » sans autre appréciation. Est-ce le langage d’un jeune homme qui découvre un poète inconnu, avec lequel il va tant et si longtemps sympathiser de toute son âme? C’est bien plutôt l'expression de celui qui connaît déjà, au moins d’une première vue, l’auteur dont il s’agit. Tel d’entre nous à qui Musset aura donné, au temps heureux de ses quinze ans, la révélation foudroyante de la beauté poétique, aura très bien pu écrire à dix-huit ans : « J’ai lu Musset ces jours-ci...» I1s’exprimerait autrement s’il venait de recevoir le choc divin du génie.

1. Correspondance de Lamartine, 1,98 (sans date, mais peu après le 14 décembre 1808).

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