‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 379 sur 512 · RUSSES · texte numérisé non relu

RUSSES

Ossian et la jeunesse de Lamartine 735

Que conclure ? Selon moi, Lamartine, en romançant comme on l’a vu l'épisode de Lucy, peut très bien s’être souvenu qu'il aima Ossian dès quinze ans. La pièce de vers qu’il - Intercale dans son récit peut dater de cette époque,comme elle peut être postérieure, et avoir été très arrangée, dans les deux cas, avant de paraître au grand jour dans les Confidences. La fausseté prouvée d’un détail n’entraîne pas en pareil cas la ruine de tout le récit; et surtout l’historien doit savoir ignorer.

La seconde question est plus facile à résoudre. Il suffit de rapprocher deux textes. Lamartine écrit : « De petites éditions en volumes portatifs se glissaient dans toutes les bibliothèques. Il m'en tomba une sous la main ‘.. » Cette indication ne peut s’appliquer qu’à l’édition de Le Tourneur de l’an VIT ou à la traduction de Hill, 1795 ou 1796. D'autre part, sa lettre à Virieu donne comme sujet de l’épisode qui Va particulièrement touché « un vieillard qui pleure son chien mort * ». Cet épisode se trouve dans Manos, poème qui fait partie du recueil de Hill. L’expression de tout à l’heure convient parfaitement à ce dernier ouvrage. De plus, souvenons-nous que ni Baour-Lormian, ni aucun autre traducteur n’avaient touché à Manos ; que l'édition Dentu, qui comprenait à la fois les poèmes traduits par Le Tourneur et ceux qu'avait donnés Hill, ne parut qu’en 1810 ; et nous achevons d’être certains que ce sont les trois petits volumes de Hill qui ont révélé Ossian à Lamartine. Quant au texte anglais, ce n’est que vers 1812 que le jeune homme se met à apprendre cette langue, et qu’il s'exerce à traduire Young et Addison, sans compter Pope, Sterne, Richardson, Fielding, Milton, Dryden, Gray, Thomson, Goldsmith et Otway, qu’il découvre dans cet ordre entre 1807 et 1812 *, et qu’il a peut-être en partie lus en anglais, bien que rien ne permette de l’affirmer. Ossian ne figure pas sur cette liste.

Nous ne saurons probablement jamais ce que valait la pièce ossianique par laquelle Lucy répondit à celle d’Alphonse.

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