Ib., passim
Ses vers n’exprimaient que la plainte mélancolique d’une jeune vierge de Morven, qui voit le vaisseau de son frère partirpour une terre lointaine, et qui reste à pleurer le compagnon de sa jeunesse, au bord du torrent natal. Je trouvai cette poésie admirable et bien supérieure à la mienne. Elle était en effet plus correcte et plus gracieuse.….
Mais nous pouvons juger en connaissance de cause la pièce de 140 vers que le poète reproduit dans les Confidences. Le poème se compose d’un récitatif, d’un chant, du Chant
d’un chasseur, d’un dialogue entre le chasseur et la lune, :
et d’un dernier récitatif. L'ensemble est incontestablement ossianique, par le cadre général, par le paysage, par le sentiment ; mais il n’y a pas imitation de tel poème, de telle situation particulière. Il y a même peu de touches locales : deux noms propres : Morven, Cromla; quelques détails : harpe, chevreuil, barde (mais c’est un barde aux bruns cheveux) ; et surtout du vent, de la neige, la nuit, la lune, le rêve, le pas des morts... Le premier vers nous place tout de suite dans le monde ossianique :
La harpe de Morven de mon âme est l’emblème...
Il s’agit de la harpe suspendue aux murs du palais, qui résonnait d'elle-même quand les âmes des morts approchaient. Mais c’est surtout du Lamartine, et souvent du vrai et du pur Lamartine :
Ombres de l'avenir, levez-vous pour mon âme !.….
Lève-toi ! lève-toi sur les collines sombres, Biche aux cornes d’argent que poursuivent les ombres !
.. Et qu’elle voit d'avance entrer dans cette tour L'ombre aux traits indécis de son futur amour.
Voici deux vers essentiellement lamartiniens et qui ne doivent rien à Ossian :
Des rayons vaporeux de ta chaste lumière.
Toute neige est printemps aux rayons de ton âme.
Un poème ossianique de jeunesse 737
I y a ici et là une trace de l'érotisme galant de l'époque; c’est d’ailleurs du pur Ossian, j'entends celui de Smith traduit par Hill:
Sous sa robe d’enfant, qui glisse des épaules, À peine aperçoit-on deux globes palpitants…
Ce qui est tout à fait de Lamartine aussi, et non d'Ossian, c’est l’ensemble des comparaisons et des images empruntées à la chasse, à la vie solitaire des campagnes en automne ou en hiver : la neige, les corneilles, les loups, les feux des bergers, les vieux manoirs, qui deviennent les fours des vieux chefs. Enfin n'est-ce pas le jeune Lamartine chassant ou rêvant, gentilhomme campagnard et poète, qui s’esquisse IT d :
Quel est au sein des nuits ce jeune homme, ou ce rêve, Qui de l'étang glacé suit à grands pas la grève, Gravit l’âpre colline, une arme dans sa main ?...
M. von Poplawsky, qui n’analyse pas ce poème de manière à en dégager les traits essentiels, a raison d’ailleurs de conclure en faisant remarquer que dès ce premier essai « Lamartine se plaît à la forme grandiose d’une exposition large et détaillée, qui produit un contraste singulier avec les descriptions serrées et saisissantes d’Ossian ‘ ». Rien de plus opposé en effet à la manière de Lamartine que la prose de Macpherson, même lorsque celle ci touche le plus à la poésie.
C’est en tout cas à la période qui suivit sa rentrée définitive à la maison paternelle, après les quatre années passées au collège de Belley (1807), que Lamartine fait luimême remonter son initiation définitive à Ossian. Il Le lit, il le sent profondément, 1l le vit, en attendant de l’imiter. C’est alors qu'il lut, dit-il, |