Confidences, livre VI, vi
pour la première fois : il n'avait qu’à se replonger par la pensée dans ses landes natales. Milly, terre de vignobles, Milly see et pierreux avait besoin d’une profonde transformation, d'un coup de baguette magique pour ressembler au pays de Morven. Et puis, il fallait choisir l'hiver pour cette lecture, Lamartine, non content de se plonger dans le paysage de Morven, se confond avec les héros ossianiques. N'oublions pas ici que c’est le recueil de Smith qui enthousiasmait sa Jeunesse : certains traits le rappellent.
Combien de fois je sentis mes larmes se congeler au bord de mes cils ! J'étais devenu un des fils du barde, une des ombres héroïques, amoureuses, plaintives, qui combattent, qui
aiment, qui pleurent ou qui chantent sur la harpe dans les sombres domaines de Fingal :.
Ouvrons la Correspondance, et nous y trouverons les preuves de cet enthousiasme que plus tard le poète s’est plu tant de fois à évoquer magnifiquement. La première mention d’Ossian, nous l’avons dit, date des derniers jours de 1808. Je sais bien qu’on a révoqué en doute l’exactitude des dates dans cette partie de la Correspondance. I] paraît que trois lettres datées des 4, 10 et 30 janvier 1808 doivent être reportées, même mois, même jour, à l'année 1809 *. Mais je ne vois pas de raison de discuter la date de cette lettre à Aymon de Virieu. Lamartine vient de lire Ossian, et « ne sachant que faire » il a « commencé à mettre en vers . un épisode » qui l’a « touché ». IL envoie à son ami son début : 29 décasyllabes, dont les premiers indiqueront suffisamment et le genre et le style :
Toi qui chantais l’amour et les héros,
Toi d'Ossian la compagne assidue,
Harpe plaintive, en ce triste repos
Ne reste pas plus longtemps suspendue !
Du vent du soir j'entends les sifflements ; L'obscur brouillard se promène à pas lents ;
Porté vers nous sur des nuages sombres, J'entends venir le peuple heureux des ombres *...