‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 386 sur 512 · Ib., I, 236, et passim · texte numérisé non relu

Ib., I, 236, et passim

sublimes qu’à l'émotion où le plongeait naguère la lecture d’Ossian. >

Ossian ! Ossian ! lorsque plus jeune encore

Je rêvais des brouillards et des monts d’Inistore ! ; Quand, tes vers dans le cœur et ta harpe à la main,

Je m’enfonçais l'hiver dans les bois sans chemin,

Que j'écoutais siffler dans la bruyère grise,

Comme l’âme des morts, le souffle de la bise,

Que mes cheveux fouettaient mon front, que les torrents, Hurlant d'horreur aux bords des gouffres dévorants, Précipités du ciel sur le rocher qui fume,

Jetaient jusqu’à mon front leurs cris et leur écume ; Quand les troncs des sapins tremblaient comme un roseau, Et secouaient leur neige où planait le corbeau,

Et qu’un brouillard glacé, rasant ses pics sauvages, Comme un fils de Morven me vêtissait d’orages *.…

Lamartine n’a eu, pour écrire ce morceau, qu’à laisser parler sa mémoire. Il y a peu de textes français inspirés d'Ossian qui soient plus connus que celui-ci et plus significatifs. Mais il faut bien se rendre compte que c’est de l'Ossian très librement interprété et très poussé de ton, très romantique en un mot. [l y a peu de neige et de corbeaux dans Ossian ; les torrents, les gouffres, les pics, n’y sont pas si terribles. Il y a un poème dont le décor, dont le sentiment ressemble étrangement à ce que nous trouvons ici: c’est le Manfred de Byron. Manfred pourrait dire ce que dit ici Jocelyn. Et à travers Byron on retrouve peut-être l'influence du Barde *. IL y a aussi là-dedans quelque chose de farouchement biblique, et l’on n’est pas étonné de rencontrer Jéhovah quelques vers plus loin.

1. Lamartine avait d’abord écrit, d’une manière plus hardie et qui présentait un plus beau sens : Je rêvais les brouillards et les lacs d’Inistore (Chr. Maréchal, Josselin inédit, p. 23).

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