‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 387 sur 512 · Jocelyn, 2° époque, février 1793 (au séminaire, la nuit · texte numérisé non relu

Jocelyn, 2° époque, février 1793 (au séminaire, la nuit

3. Sur ce genre de questions qui n’entre pas dans cette étude, je renvoie d’une part aux travaux de Wilmsen, de Weiïigang et de Schnabel,

cités dans la Bibliographie de cet ouvrage, et d'autre part à Edm. Estève, Byron elle Romantisme français.

Evocation et allusions 745

En dehors du poème de jeunesse À Lucy, on ne trouve dans l’œuvre de Lamartine aucune imitation directe d’Ossian. Il n’a pas écrit dans le genre ossianique, qu’il a toujours Jugé « un mauvais genre ». Dans son œuvre poétique, il est question à deux reprises d'Ossian d’une manière un peu précise : dans le passage de Jocelyn que nous avons rangé à sa place parmi les témoignages autobiographiques, et au début d’une Harmonie adressée à Guichard de Bienassis. Ossian, dit-il, quoique vieux, chantait encore les souvenirs de son passé. Moi, je vis comme lui dans la mémoire des heureux Jours qui ne sont plus, mais je ne chante plus. Aujourd’hui cependant, par exception, je viens te rappeler en vers les heures de notre jeunesse. Tel est à peu près le sens de la pièce qui commence ainsi :

Quand la voix du passé résonnait dans son âme, Les regards d’Ossian étincelaient de flamme,

Le vol de sa pensée agitait ses cheveux,

Sa harpe frémissait dans ses genoux nerveux,

Et ses accents, pareils au murmure des ondes, Coulaient à flots pressés de ses lèvres fécondes, Comme un torrent d'hiver qu’on ne peut contenir : Le vieillard n'était plus que voix et souvenir ‘

Ce texte est très curieux, d’abord par un trait que le lecteur a remarqué. C’est la première fois, depuis que nous rencontrons le Barde, que ses Pie « étincellent de flamme » : c'est la première fois qu’il n’est pas aveugle | Il est étrange de voir un ossianiste averti comme Lamartine rompre, sans s’en rendre compte très probablement, avec une tradition aussi vénérable et aussi authentique. Guéri de sa cécité, l’œil plein d’éclairs, les cheveux au vent comme dans le tableau de Gérard, serrant sa harpe entre ses genoux nerveux, les paroles s’échappant de ses lèvres comme un

1. Harmonies Poétiques et Religieuses, Lb xIV : Souvenirs d'enfance, ou la vie cachée,

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torrent d’hiver, notre Ossian acquiert une jeunesse et une vigueur nouvelle : ce n’est plus le Barde lugubre et larmoyant de Morven, c’est l’aède inspiré, c’est le prophète d'Israël, c’est le poète que rêve Lamartine, c’est le vates, guide des peuples, cher à Victor Hugo.

On a cru récemment ‘ voir la source de ce morceau dans une phrase de La Grange, collègue de Lamartine, et éditeur d’un recueil de Pensées de Jean-Paul. Nous retrouverons cette phrase au chapitre V de ce livre. J'avoue que je ne vois pas de rapport de ressemblance suffisamment marqué entre les deux textes pour justifier l'hypothèse de cet emprunt.

Il faut joindre à ces deux textes nettement ossianiques quelques allusions en nombre fort restreint. Parlant à des Celtes, il ne peut guère manquer de rappeler Ossian. Dans son Toast porté dans un banquet national des Gallois et des Bretons à Abergavenny, dans le pays de Galles *, il se plaît à rappeler les souvenirs du poète légendaire de la race celtique :

Nos bardes n’ont-ils pas des chants tristes et graves, Des harpes de Morven vieux retentissement ?

Et plus loin ce sont des détails ossianiques : « Le vent plaintif du Nord qui siffle sur les mousses... Le chien qui hurle au bord des flots. » Ces dernières expressions montrent combien les lieux communs de la poésie ossianique lui sont familiers. Il dit de sa sœur Eugénie qu’elle était « une apparition d’Ossian dans la splendeur du Midi * ». En parlant d'un vieux château gothique du Mâconnais qu'on apercevait de Milly, il écrit : « On eût dit un groupe d'Ossian, pyramidant sur la sombre noirceur des forêts de sapins “. »

Mais si nous avons rencontré des imitateurs et même des traducteurs qui au fond n’étaient pas pénétrés d’Ossian

1. F. Baldensperger, Notes sur les sources de deux Harmonies de Lamartine (Revue d'Histoire littéraire de la France, 1911).

2. Recueillements Poëtiques, XIV (Saint-Point, 25 septembre 1888).

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