‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 39 sur 512 · Carl Meyer, Die Landschaft Ossians, Conclusions · texte numérisé non relu

Carl Meyer, Die Landschaft Ossians, Conclusions

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publication des manuscrits, tout cela peut s’expliquer par la crainte de voir déjouer tous ses calculs si la critique des textes se mêlait d’Ossian comme elle s’en est mêlée de nos jours. La suite de son attitude est à peu près indéchiffrable aujourd'hui autant qu’au premier jour. On l’a longuement étudiée pourtant, M. B. Saunders avec plus de bienveillance, M. Smart avec plus de sévérité. Nombreux sont les écrivains qui, beaucoup moins informés que ces deux savants historiens, ne s’en sont trouvés que plus à l’aise pour juger en deux mots le caractère de Macpherson. 1] faut se montrer plus réservé. J’ose dire cependant que je vois un mélange d’orgueil, d’obstination et de timidité, ou si l’on veut, de fausse honte, dans ce qui passe habituellement pour l’aplomb du faussaire. Peut-être estimait-il que le succès même de son œuvre avait coupé les ponts derrière lui, et qu’il était trop tard pour modifier son attitude. Il garda jusqu’à sa mort cet air de réserve dédaigneuse et ambiguë sur tout ce qui touchait à son Ossian.

Voilà, dans ses grands traits tout au moins, quels ont pu être l’historique et la nature du travail de Macpherson. Reste à marquer le rapport de son Ossian aux poésies ossianiques. Notons les ressemblances et les différences les plus importantes entre son œuvre et les textes originaux que nous possédons aujourd’hui, faute de connaître exactement ceux qu’il a eus entre les mains. C’est là le point délicat : les celtisants ont une tendance à raisonner comme si Macpherson et ses collaborateurs avaient eu exactement sous les yeux les mêmes manuscrits qu’ils ont eux-mêmes étudiés. Qui peut affirmer que tel ou tel détail de la légende ossianique ne leur était pas fourni par leurs matériaux, que l’on déclare aujourd’hui inventé de toutes pièces ? et qu’au contraire ils n’en ignoraient pas tel autre, que les textes - irlandais ont révélé? Il faut admettre cependant que pour tout l'essentiel de la légende il y a concordance entre leurs manuscrits et les nôtres. Quel parti ont-ils tiré de leurs

sources ? Quels sont dans l’Ossian macphersonien les éléments anciens et les inventions modernes ? Sur ce point les recherches de ces cinquante dernières années ont jeté une vive lumière.

Elles ont permis d’affirmer que si Macpherson a beaucoup inventé en écrivant son Ossian anglais, il est fort loin d’avoir tout inventé. Il ne s’agit plus ici, bien entendu, de la forme, et je ne contredirai pas ce qu'on a lu plus haut à propos des publications de textes et de l'examen auquel se sont livrés les celtisants. L’Ossian de Macpherson n'est nulle part une traduction exacte d’un original gaélique; il faut commencer par énoncer ce principe. Mais cela bien entendu, il faut voir s’il n’est pas une paraphrase, une imitation, une adaptation, un résumé, une transposition, tout ce que peut être une œuvre littéraire par rapport à une autre œuvre qu’elle rappelle et ne copie pas. Il faut voir si ce qui a excité l’intérêt ou l’admiration est de Macpherson, ou si à travers son arrangement c’est à des sources plus lointaines et plus pures qu’on s’est désaltéré. On va voir qu’il y a là bien des nuances à apporter à tout Jugement trop arrêté, et bien des éléments à distinguer. Il n’est pas douteux que Macpherson — par ce nom, j'entends constamment ici, et lui-même, et ses collaborateurs si ceux-ci lui ont préparé la besogne — ait habilement utilisé le fond des légendes le plus souvent possible, c’est-à-dire aussi souvent que le lui permettait son goût étroit ; il faudrait ajouter: le goût étroit de son siècle. Tel de ses poèmes, on l’a vu, n’est qu’une refonte d’un poème authentique, et en ce sens présente un intérêt plus grand que ne le suppose le lecteur insuffisamment informé, qui voit en Macpherson un faussaire comme il y en a eu tant. Tel autre ne tient plus à la légende gaélique que par des liens très faibles et très lâches ; il l’a en grande partie inventé. Mais qu’il ait suivi pour le fond les histoires légendaires, ou qu'il les ait profondément modifiées, ou qu’il ait inventé de petits romans avec des personnages et dans un décor ossianique, il est certainqu’il a transformé les noms, les faits, les mœurs, et qu’il a innové jusqu’à un certain point seulement dans les sentiments et dans le paysage.

J a d’abord rebaptisé la langue de laquelle il était censé

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traduire. A côté du mot gaäelic ou galic, il met le mot erse qui a fait fortune en France. Les contemporains ont remarqué ce mot inconnu. En réalité, erse se trouve dans William Dunbar vers 1500; sous les formes erische, ersch, erschry, 11 est identique au mot trish, irlandais‘. Puis viennent les noms des héros. Fingal est inconnu, sous cette forme, de la tradition gaélique ; Finn Gaidheal, ou Finn des Gaëls, se trouve fréquemment chez les Ecossais des Basses- Terres ?; Macpherson, d’après cette expression composée, forge le nom de Fingal, qu’il trouve sans doute plus harmonieux que Finn et qu’il emploie exclusivement. Mais il est inexact qu'il ait le premier fait, de Fingal un Ecossais : la tradition de son pays l’avait déjà adopté *. Ossian n’est qu’une graphie particulière, à l’usage des lecteurs de langue anglaise, de l'Oisin légendaire. Les noms de Golf! (Gaul), Diarmaid (Dermid) n’ont subi que des modifications insignifiantes. Derdri (ou Derdriu) est devenu Dar-thula, plus harmonieux. Malvina (mala-mhin, sourcil uni) est inventé. Toscar, père de Malvina, est fabriqué avec le nom d’Oscar, le { s’ajoutant en gaélique avant le mot dans certains cas *. Le farouche Caïrbar a été bizarrement formé — du moins on l'a supposé — de deux héros légendaires, Caïrpré et Conchobar *. Les noms de lieu ont été librement inventés; et les plus célèbres, nous dit-on, sont les plus imaginaires. Ainsi Morven n’a jamais existé à l’état de contrée importante de l’Ecosse occidentale. On trouve tout au plus un Morvern qui n’a pas la même valeur. Tel est du moins l’avis d’un philologue, M. Stern; mais les meilleures cartes nous montrent le district de Morven au nord du district de Mull °. Selma, le palais des rois de Morven, est également imaginaire, bien que Macpherson le dérive avec assurance de selama, belle vue. Mais l’histoire de Temora est plus curieuse. Le nom de lieu Teamhra se prononce Taura ou

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